mardi, 21 octobre 2003
Première tasse, dernière gorgée.
Envie réccurente depuis longtemps maintenant d'avoir un lieu où m'étendre en long, en large et en travers sur mes malheurs. Malheurs peu profonds, variant à peine des uns aux autres, gloabalement semblables aux maux de l'humanité tout entière. Malheurs qui n'en sont pas. Que l'on devrait appeler "tracas et encore". Vanité superflue d'une enfant choyée qui a en plus l'audace d'être triste, parfois. Voilà mon exutoire.
»01:57
Mirage d'une erreur.
L'erreur, c'est moi qui l'ai perpétrée et qui m'y suis enfoncée. Gaillardement. Bien sûr, dans une histoire à deux, on n'est jamais seul. Si, parfois. Je m'en suis rendue compte à mes dépends. Donc tristesse et amertume au rendez vous. Distance et abandon. Je ne saurais jamais ce qui lui est passé par la tête car je n'ai jamais eu le courage d'affronter mes questions, de les lui poser, et de lui dire mes attentes. S'enfuir !!... la belle histoire. Idéal pour pouvoir ensuite regretter. Et comme c'est facile de jouer à regretter, sans rien dire, hautaine et intouchable. S'effacer. Disparaître. "Penser à lui ? Non, vous n'y pensez pas. Il ne m'est rien". Et je flamboie, en veilleuse. Flammèche à peine vacillante parfois qui me murmure des "tu as bien fait" assassins. Et dévorante flamme alors que d'autres bras m'enserrent. Alors, oui, sans doute, j'ai bien fait. Néanmoins, je suis triste, et je pense à lui. Trop souvent.
»02:06
jeudi, 23 octobre 2003
Fait-blesses.
Corps ruminant qui ne veut pas comprendre que le sommeil est aussi fait pour moi. Si si. S'allonger, s'abandonner dans une position (après les avoir toutes essayées) et tomber dans les limbes de mes rêves, j'aime. Mais cette imbécile, ce grand dadais, m'en empêchent. Lui ? Le rhume. Elle ? La crève. Munitions prêtes, mouchoirs et eau, décoction d'eucalyptus enfumant la maison, granulométrie maîtrisée, quelques dolipranes pour la bonne mesure. Rien n'y fait.
Ma tête est lourde. Badaboum, ça commence à toquer derrière mes sourcils. Sarabande de microbes en furie s'ancrant dans mon occiput à la vie à la mort. Opus Rambo : "Je les creverais tous, un à un si il le faut". De plus, les fourbes, à trop danser dans les replis de mes lobes frontaux agaçent mes souvenirs, mes désirs, mes envies, mes projets, et mes regrets. J'enrage, le sommeil salvateur prends peur, se sauve un peu plus.
La température monte. Samba ! Sortez les cotillons : c'est la fête à Rio -pris en compte que je suis couverte des costumes d'une bonne quinzaines de danseuses-. Tout dégringole dans les artères, les rues détournées, les canaux, les voies d'eau et les places plus lymphatiques. Je m'affaisse, en sentant tout mais n'y pouvant rien. Je m'abrutis un peu plus. Tente le diable. Essaye de signer un pacte : "si je rejoins mon lit à cloche pied, ne pourrais-je pas tomber, me cogner, et être aceuillie par des pommes". Non ? Mon sang ? Trop affaibli ? Hum. Mon âme ? Disfonctionnante ? Bigre. Rude en affaires le type.
Alors je vais me verser une tasse de thé de plus. Attendre avec un livre pleins d'images et pas trop de mots -je viens de découvrir que je ne savais plus lire-. Voir le petit matin se lever. Sombrer. Enfin. Et me faire réveiller par les ponceuses de l'appartement d'à côté. De tout manière, j'avais des choses à faire, j'm'en fous. Ma copine trop collante Miss Maladie tu n'a que revenir demain soir, on se fera des batailles, en tête à tête.
»00:58
samedi, 25 octobre 2003
In-fusion out.
Se disperser en amour comme à la guerre, ne m'apporte rien de bon. Ne pas se concentrer sur un but et un objectif non plus. Aucun plan de bataille sous la main, les lignes de mes paumes sont insuffisantes. Chiromancie s'entremélant dans les notes prises à la va-vite où est ta vie. Droit dans un mur, à cette vitesse. Blam. Blâmer, ca fera mal. Brâmer ? On y vient.
Et si ma stratégie était de penser globalité et non pas juxtaposition [de parties à emboîter, à combler, à feinter] ? Je n'ai pas un sexe et un coeur, mais un corps, à matter dans une partie d'échecs ambivalente, où tout les coups sont permis. Je jardine à la bine mon coeur, essayant d'avoir un jardin fleuri, mais sans fruits. Résultats d'à trop rester dans les probables, à ne rien dire même quand l'eau de mon âme frissonante aimerait s'infuser d'un D., d'un aime, d'un S (qui) sait.
Les aimer tous, oui. N'en aimer aucun, aussi. Funambule sur le fil du rasoir, je me fends, et me recroqueville, faon (qui aimerait être) en pleurs. Le fond est que je suis un roc, un cap, un pic, une péninsule. N'appréciant pas ma propore fragilité. Oubliant la grâce de ma féminité. Je voudrais être l'exquise, la touchante, l'adorable, celle choyée car prête à se briser. En lieu et place je suis celle qui obtient par volonté. Entêtement et labeur. Travail, sacrifice, j'oublierais la patrie ... comment puis je (m')être aimée .... si moi même ne sait m'abandonner.
»22:14
lundi, 27 octobre 2003
Eclipse
Fond d'air frais, soleil d'un bleu transperçant le coeur, balade sur le quai du fleuve. Bonheur en perpective. Bonheur si proche qu'on s'y baigne. Bonheur auquel on fait des risettes. Il nous pince les joues. Les pomettes rossissent. La température n'y est sans doute pas pour rien, mais qu'importe. La vie devant soi. Heureuse à en toucher la lune qui se découpe, sceau filigrané du ciel, du bout des doigts, qui serrent le col autour du cou. Lumière un peu basse qui allonge les ombres, je deviens échassier, prête à m'envoler.
Et puis couloir sombre de l'immeuble. Soleil qui tombe. Plus de chatoyances dans les cheveux blonds. Plus de coups d'oeils au monde. Seule chez soi. Face au néon de son écran. Penser à travailler. Penser à préparer le RDV de demain. Rien de primordial, pas d'excitation supplémentaire. Visage bleuté. Visage mort-vivant suçant sa vie. S'ébrouer vite, vite de tout cela. Ne pas se laisser manger par la morosité. Riposter, attaquer comme seule défense.
Chauffage pour créer la chaleur d'un nid d'oiseau. Goûter-souper plein de chocolat chaud, de pain viennois et de fruits. S'éloigner de la zone à danger iridescent, prendre du papier, quitte à devoir faire ses devoirs, quitte à devoir recopier ensuite. Sentir les arbres sous ses doigts et s'étaler encore de l'encre sur les phalanges (je n'ai jamais su écrire proprement). Se dire zut et mince : la nuit profonde acceuillera mieux mes élucubrations. Et je me rends compte, que les arabesques de mes lettres se transforment. En un corps chaud. J'en ai envie, là, à mes côtés. Ma pensée se fait animal, et féline d'intérieur.... et je cède -encore. Je l'appelle -moi à lui. Lui, le corps chaud, déjà au creux de l'estomac.
"Tu passerais ce soir [languide]?
"Hum (....) pourquoi pas [souriant] ?
"Tu préfères que je vienne [provocatrice]?
"Tu as envie [joueur] ?
"De toi... [allumeuse]. Quand [pragmatique]?
" Maintenant ... [allumé]
" Laisse moi une heure, le temps d'arriver [chatte].
Et voilà que je me prépare entre deux touches d'un clavier. M'excitant de ma narration, m'excitant des atours dont je me pars pour lui. Il aime cette couleur, elle me va. Bien. Il aime ce parfum, et c'est le mien. Je serais femme. Il me chiffonnera. Il me fermera les yeux de baisers. Il aura la douceur des couleurs boticelliennes. Il aura le rythme d'un jazzman en perdition, saxophonant mon corps à l'infini. Il m'irisera de la lumière de ses yeux bleus. Ca ne sera peut-être pas exactement cela mais il choiera mon corps comme il sait le faire. Le soleil revient. Je travaillerais quand il se sera endormi. Dans l'odeur d'été des draps. Dans le crissement de sa peau. Dans sa respiration outremer. Et je m'enfuierais avant qu'il ne se réveille, comme à chaque fois, incapable de dormir à ses côtés.
»18:46
mardi, 28 octobre 2003
S-top
Il a été parfait. Même au petit déjeuner. Sans prévenir, il a sonné chez moi. Des croissants embaumant, embuant ses lunettes dans un sachet kraft à l'encre verte sapin, tout contre sa chemise blanche, froisée de la veille, mon odeur s'accrochant au col. Un sourire enjoleur accroché aux lèvres, son sourire carnassier de vainceur. Il était sûr de lui. Maître du monde que je lui octroyais, clos par la circonférence de mes bras. Mes cheveux gouttants sur mon peignoir crème, il m'a gentiment carressé la joue. M'a dit de me finir de me préparer, qu'il s'occupait de tout. Un baiser sur mes lèvres encore scellées.
Je n'ai rien dit. J'étais morte de peur. Je suis retournée à mes flacons, et mes odeurs. Cogitant. Ergo Sum. Un peu trop parfait. Un peu trop gendre idéal. Un peu trop proche du carmin de mon muscle cardiaque. Un peu trop envahissant. Qui peut se permettre d'arriver un mardi matin 8h30 sonnantes, les dents souriantes sans que je joue l'absente ? Le thé, un Yunnan -le bougre-, emplit mes murs. J'imaginais la table dressée, deux bols, la théière assortie -service blanc à liseré rouge-, quelques confitures -orange, abricot, prune, et fraises-, du miel, un couteau, la corbeille à fruits en osier tressé, des sets de table blanc, rosaes surpiquées. Je sortis, habillée et prête, priant presque que ma vision ne se fusse pas accomplie. Presque pas. Manquaient à l'appel quelques confitures et le miel, les sets. Le service était en grès verni. Avec le bois de la table cela allait. Avec le bleu de ses yeux -il avait ôté ses lunettes-, à travers les vapeurs, il y avait concurence de brillance.
Mais non. C'était la.. quatrième, cinquième fois que l'on se voyait ? Peut-être une de plus. A chaque fois charmant. Trop charmant pour être honnête. Nous ne parlions pas. Son sourire ocupait tout l'espace. Qu'il sorte des fadaises. Des trucs niais, n'importe quoi, pourvu que cela soit bête. Il s'est obstiné dans le silence. Il me regardait plonger dans mon bol. M'y lover. Dans ses bras. Et puis, enfin, il a daigné fendre l'air d'un :
"Tu vas être en retard.
"Non, ce n'est pas très loin. Et je ne pense pas que mon RDV sera à l'heure.
Nous sommes partis ensemble. Table défaite. Pas de gestes excessifs de tendresse . Un baiser, lèvres closes. Je lui ai demandé de ne pas recommencer ce genre de surprises.
Et je m'invective encore pour ne pas tomber amoureuse. Car la prochaine fois, encore une fois, n'aura lieu que si accrochée, je décroche pour l'appeller. Car sa vie m'est lointaine. Car nos plaisirs partagés s'arrêtent à des lieux communs. Des hôtels.
»12:39
mercredi, 29 octobre 2003
En-volée
Malgré des heures allongées sur le divan de mon psychanalyste chéri, je continue. Je sais pourquoi. Je sais comment. Je sais ce que je ressens. Je sais que c'est mal. Mais je continue.
Les raisons ? Un a-priori manque dans mon enfance. Comme tous les enfants ayant des frères et des soeurs je suppose. D'autant plus en étant l'aînée. D'une jolie et sympathique soeurette de 4 années ma cadette. Ce n'est pas une raison. Je n'ai pas été rejetée. J'ai toujours été aimée. Et pourtant. Je continue à voler. Et en même temps la honte se love là. Et en même temps, j'aime cela.
Récidive ce matin. A la manière du "Cri de la soie", ou presque. Elle ne savait a l'évidence pas si prendre. Ma préférence va pour du jouissif. De l'inutile ou presque. Je ne vole jamais ce dont j'ai besoin, mais toujours ce dont j'ai envie. Non pas par nécessité, mais par plaisir. A quelques exceptions près.
Par exemple, pour le plaisir d'ouvrir un paquet, d'y flairer son contenu, sentir une odeur de neuf. Pour le plaisir d'un bas et de sa douceur toujours inattendue. Pour le plaisir d'un cachemire dont la caresse sur ma peau est inacceptable de sensualité. Pour le plaisir du bel objet, un cahier dont la jaquette était en cuir, un stylo-plume en argent. Pour le plaisir de l'éclat d'un bijou. J'ai volé peu de bijoux, c'est plus difficile.
Les supermarchés de mon adolescence ne m'intéressent plus. Trop aisé. C'est comme y faire ses courses. Sauf qu'au lieu d'un cabas ce sont les poches de mon manteau, mon sac à main qui se remplissent. Je péfère mainteant les lieux plus petits et plus confinés.
Il y a plusieurs excitations. La première, celle du repérage de l'objet. L'avant-bêtise. La seconde, on épie qui se trouve là. Qui pourrait nous regarder du haut d'une caméra. On cherche l'oeil du vigile. Très intense car difficilement d'une discrétion absolue. Et plus on traîne, et plus le risque de se faire repérer augmente. La troisème étape est le strip-tease. D'un code bippeur inoportun par exemple. Angoissant également, donc terriblement excitant. On contrôle sa respiration avec un coeur palpitant. La quatrième, la saisie. Quand l'objet glisse dans le sac. Il faut que ca soit bref. On ne respire plus. On ne regarde pas ses mains. On regarde autour de soi avec un sourire, essayant d'accrocher le regard de l'éventuel gêneur de ses yeux et non de ses doigts agiles. La cinquième étape est celle de la flâneuse qui vient de reposer ce qui ne lui convenait pas. "Non non, trop cher. Non, j'ai déjà. Non, rien ne sera assorti à cela dans ma garde robe. Non, je vous remercie, la couleur n'est pas celle que je cherche. Vous pouvez me montrez autre chose ?". A cette étape est associée une amnésie temporaire, étrange état nuageux. L'acte est effacé, poli, rien ne s'y accroche. La huitième étape est la sortie. En suite directe avec la précédente, comateuse mais souriante. Si il y a caisse, quelques paroles superflues, une ébauche de sourire -devant être franc, à l'hôtesse , mais discret. On regarde droit devant soi. Le regard ne fuit -surtout -pas. La neuvième est la mémoire. Le toucher. L'utilisation. La parure. La jouissance de l'objet acquis. Qu'on oublie déja au profit du prochain.
Je ne sais pas quand. Ni quoi. Mais je sais déjà qu'il y aura une prochaine fois.
»15:07
dimanche, 2 novembre 2003
Prise
Quelques fois surprise par l'oeil d'un vigile plus attentif que la moyenne. Jouant d'un sourire immense, et d'un rire un peu bécasse, s'en sortir n'est pas trop difficile. Les "Oh, je me suis trompée, j'avais la tête ailleurs" fusent. Ricanements. On ne revient pas pendant un mois, deux peut-être. D'ou l'avantage d'habiter à Paris. C'est un immense champs de magasins à piller allégrement.
Et puis si, prise sur le fait quelques fois, le mal étant fait. Passage à la caisse. On paye. Puis à la sortie, le vigile vous demande d'ouvrir votre panier, votre cabas ou de vider vos poches - j'ai un manteau spécial pour ces séances de shopping, aux poches profondes, immenses, larges à tel point qu'une bouteille d'un litre et demi s'y cache. Reste à adapter sa démarche. Et pour les petits objets, c'est idéal. Car un trou, au fond de ces poches, envoie mes larcins dans l'ourlet, derrière la doublure, tout en bas. Où les portiques clignotant ne s'abaissent jamais. - Il fait correspondre à votre ticket de caisse les objets qui s'étalent sous ses yeux. Remarque l'/les anomalie(s). Vous invite à le suivre.
Dans ces moments là, on se sent toute petite. Assez misérable. Les regards de vos congénères, scrutateurs, méprisants, ironiques, vous donne envie de rentrer sous terre. Et puis là encore, je surjoue.Tête haute d'abord. A dire "mais non, mais non". Et puis "oui, bien sûr, je vais payer". "A l'amiable, évidemment ". Ne pas se justifier -car rien ne justifie le vol à l'étalage dans mon cas- est la règle à appliquer. J'essaye toujous de ne pas leur montrer que j'ai peur. Car j'ai peur d'eux. Et pourtant. Je recommence. Encore, encore, encore.
»07:35
jeudi, 6 novembre 2003
Epicentrée
Comme beaucoup de rencontres, elle était un lieu commun. J'avais lu quelques uns de ces livres. Sans savoir qu'ils étaient de lui. Je n'imaginais pas même qu'on puisse rencontrer l'auteur de phrases que l'on eu pu chérir. Car ses mots, sa pensée m'étaient devenu chers.
Je n'ai appris que plus tard qu'il en était l'auteur.
Si je suis sure que je ne me serais pas comportée comme une groupie houspillant l'auteur pour un autographe, mon trouble n'aurait néanmoins pas été feint. Se sur-imprimant à celui que j'éprouvais déja devant cet homme aux lunettes fines, à la voix basse et chaude. Son regard fuyait un peu. Je m'amusais à tenter d'accrocher ses pupilles à mes iris, par jeu. Et le trouble augmentait. Il était charmant, prévenant. Il revenait avec à la main un martini et un whisky. Vernissage dans un lieu huppé, vernissage comme tant d'autres, où l'on se saoulait élégamment. Aux murs, des croûtes. Je le lui dis. Il souria, ria presque.
- Oh, seraient elles d'une personne vous étant proche ? [génée planquée dentée ]
- Non, à moins que l'on ne considère proche l'ami d'un éditeur. [rieur moqueur accusateur ]
Je suis une accro à la bourde littérale. J'avais réussi à en réchapper de justesse. Je n'eus pas la présence d'esprit de deviner ce qu'il faisait comme métier, par cette indication. Trop éthylée. Et puis cette question m'ennuie profondément. Peut-être est ce parce que je connais trop la lueur de consternation qui s'allume dans le regard de l'interlocuteur quand j'énonce la mienne. Ne tendant pas la perche, j'évite la politesse boomerang.
Il ricanait encore. Cela m'agaçait. Il aurait pu avoir la gentillesse de ne pas me faire rougir. Et pourtant, je rougis. Il trouva cela charmant. Presque.
- Seriez vous génée ou avez vous trop bu ? Cela vous va à ravir. Un autre martini ? [tentateur poseur]
-Merci, je crois que je vais m'éclipser. [agacée soupirée]
Son charme s'estompait à mesure de son amusement à mon propos. Je suis trop suceptible, c'est dit. Je n'arrivais pas à rire avec lui de moi. J'ai l'alcool triste. L'oeil brillant, luisant, pelage smokée, je me retirais.
- Nous reverrons nous ? [suputateur]
- Sûrement. [blasée]
Et là, une étincelle de génie parcourue ses épaules. Mettant ses mains dans ses poches comme un enfant boudeur, elles se soulevèrent dans un mouvement d'une grâce absolue. Mon oeil s'accrocha à cette ligne droite devenue sinueuse et mouvante, serpent tentateur. Je lui touchais le bras, essayant de saisir la beauté, à l'écart de l'épicentre. Désir recentré. Peur d'être consumée vive par la lave. Je lui serrais la main, essayant d'être toute cordiale, n'étant que toute languide.
Nous nous reverrons sûrement. Je suis proche au troisème degré par alliance de la personne de la personne qui exposait.
Non, pas respectueuse du travail exposé quand il est trop mauvais. Oui, en dehors du cercle immédiat de l'artiste. Oui, je m'enfuyais.
»15:29
samedi, 8 novembre 2003
O
De monts en merveilles je crochète le versant de chaque montagne de papier. Il m’arrive d’aller sur le terrain, mais rarement. Je suis géographe. Métier qui laisse le plus souvent perplexe. Ah, tu es géographe ? Et c’est intéressant ? Oui bougre d’idiot sinon je ne le ferais pas. La discussion s’achève ici abrupt, à pic. J’évite généralement de ré-engager la conversation avec un tel individu. Sauf, si vraiment, il est très attirant. Sinon, ce spécimen trouve une dinde et s’en délecte pouvant fadaiser à plaisir. Il fait le paon. La roue de son savoir s’étale, aussi courte que sa queue, sa vue, souvent. On me confonds souvent avec une géologue. Une Tazhieff en jupon. Les derniers, plus intéressants, commencent à s’inquiéter de la portée politique de mon travail. Mais voilà, parler politique dans une réunion, de quelque genre que ce soit, prête toujours à confusion, à échauffements et à paroles professées trop rapidement. Bien que le milieu dans lequel j’évolue voit rarement sortir les poings, les lames, il s’en est parfois fallu de peu pour que les coups ne partent pas.
Et pourtant les débats engagés sont souvent assez peu intéressants, répétant les mêmes inepties, les mêmes idioties que celles proférées dans les quotidiens, les téléviseurs. A quoi se fier alors ? Pas grand chose, si ce n’est des faits. Des choses concrètes s’étant passées. Chiffrées. L’analyse de ces quantifications humaines est ensuite de notre ressort, à nos collègues et à moi. La géographie dont je m’occupe n’est pas celle des frontières mais celles des mouvements de groupes ethniques, et leur corrélation avec le développement intellectuel du pays qui les accueillent. Or l’élite intellectuelle est aussi l’élite du pouvoir. Donc, indirectement, j’utilise les mouvements ethniques pour évoluer la richesse et le développement d’un pays. Expliquer cela à des bourgeois passablement imbibés est difficile. Ils me répondent pour la plus part du temps avec des noms d’organismes. Comme des étendards brandis reviennent souvent les noms d’Amnesty International par exemple. Pour lesquels souvent, ils tirent une larmichette de leur portefeuille. Ca déculpabilise. Mais c’est souvent hors propos.
Ils ne comprennent pas que je suis désengagée. Que j’estime, que je quantifie, que je note et dénote, que j’observe. Mais que jamais je ne prends parti. Et quand je leur dit, leur désintérêt immédiatement décroît. Quand je leur explique qu’étant informée, et observatrice, je ne me peux me permettre d’interférer, ils explosent. Et tentent de me prouver par A + B mon tort. Mon erreur. Mon inconscience. Ca dégénère rapidement, comme je le disais.
Donc il faut trouver à parler de tout, surtout de rien. De faits de sociétés légers. De spectacles. De personnes connues. De relations. De couches. De biberons. De permanentes. De mode. Sujet inépuisable la mode. Surtout ne pas trop montrer ses tripes. Ne pas exposer d’intime projet, encore en gestation. Ou alors créer le climat propice à la déclamation de secret d’état personnel sous le manteau.
»18:15
jeudi, 6 novembre 2003
Epicentrée
Comme beaucoup de rencontres, elle était un lieu commun. J'avais lu quelques uns de ces livres. Sans savoir qu'ils étaient de lui. Je n'imaginais pas même qu'on puisse rencontrer l'auteur de phrases que l'on eu pu chérir. Car ses mots, sa pensée m'étaient devenu chers.
Je n'ai appris que plus tard qu'il en était l'auteur.
Si je suis sure que je ne me serais pas comportée comme une groupie houspillant l'auteur pour un autographe, mon trouble n'aurait néanmoins pas été feint. Se sur-imprimant à celui que j'éprouvais déja devant cet homme aux lunettes fines, à la voix basse et chaude. Son regard fuyait un peu. Je m'amusais à tenter d'accrocher ses pupilles à mes iris, par jeu. Et le trouble augmentait. Il était charmant, prévenant. Il revenait avec à la main un martini et un whisky. Vernissage dans un lieu huppé, vernissage comme tant d'autres, où l'on se saoulait élégamment. Aux murs, des croûtes. Je le lui dis. Il souria, ria presque.
- Oh, seraient elles d'une personne vous étant proche ? [génée planquée dentée ]
- Non, à moins que l'on ne considère proche l'ami d'un éditeur. [rieur moqueur accusateur ]
Je suis une accro à la bourde littérale. J'avais réussi à en réchapper de justesse. Je n'eus pas la présence d'esprit de deviner ce qu'il faisait comme métier, par cette indication. Trop éthylée. Et puis cette question m'ennuie profondément. Peut-être est ce parce que je connais trop la lueur de consternation qui s'allume dans le regard de l'interlocuteur quand j'énonce la mienne. Ne tendant pas la perche, j'évite la politesse boomerang.
Il ricanait encore. Cela m'agaçait. Il aurait pu avoir la gentillesse de ne pas me faire rougir. Et pourtant, je rougis. Il trouva cela charmant. Presque.
- Seriez vous génée ou avez vous trop bu ? Cela vous va à ravir. Un autre martini ? [tentateur poseur]
-Merci, je crois que je vais m'éclipser. [agacée soupirée]
Son charme s'estompait à mesure de son amusement à mon propos. Je suis trop suceptible, c'est dit. Je n'arrivais pas à rire avec lui de moi. J'ai l'alcool triste. L'oeil brillant, luisant, pelage smokée, je me retirais.
- Nous reverrons nous ? [suputateur]
- Sûrement. [blasée]
Et là, une étincelle de génie parcourue ses épaules. Mettant ses mains dans ses poches comme un enfant boudeur, elles se soulevèrent dans un mouvement d'une grâce absolue. Mon oeil s'accrocha à cette ligne droite devenue sinueuse et mouvante, serpent tentateur. Je lui touchais le bras, essayant de saisir la beauté, à l'écart de l'épicentre. Désir recentré. Peur d'être consumée vive par la lave. Je lui serrais la main, essayant d'être toute cordiale, n'étant que toute languide.
Nous nous reverrons sûrement. Je suis proche au troisème degré par alliance de la personne de la personne qui exposait.
Non, pas respectueuse du travail exposé quand il est trop mauvais. Oui, en dehors du cercle immédiat de l'artiste. Oui, je m'enfuyais.
»15:29
dimanche, 30 novembre 2003
Trop félin
L'écrivain, disparu.
Ce genre de rencontres, où l'imbibation version baba-au-rhum est plus que nécessaire, a rarement de conséquences favorables sur l'organisme. Alors, oui, j'adore ce qu'il écrit, mais non, la personne n'est pas pour moi. Nous nous sommes revus plus tard, nous testant parallèlement. Nos désappointement fûrent égaux, je ne m'en tira pas avec les honneurs. Il dût me trouver aussi ennuyeuse, que je le trouvais anthropophage. Ceci dit, en temps qu'écrivain, cela pouvait s'expliquer.
Restaurant. Ses boutades sont aussi lourdes que le menu. Spécialité maison : du tartare. J'aime la viande, je suis carnivore. Mais je ne suis pas encore celle qui déchiquète à même la gazelle épuisée. Lui par contre avait l'air d'y prendre un plaisir inommable. Ses yeux brillaient. Ses dents pointaient sous ses lèvres. Qui elles même luisaient. Une soirée pour devenir végétarienne, en somme. Pourtant il restait élégant, ce contraste était frappant. J'essayais de transposer cet animal dans un lit tendu de frais. Je n'arrivais à m'ôter de l'esprit son visage, aux anges, se relevant avec ces même intentions inscrites sur sa face, de mon entr'cuisse... Je sus à l'instant que je ne pourrais résister à y passer la main, soucieuse et inquiète de vérifier mon intégrité physique, tremblotante à l'idée de voir du sang sur mes doigts. La fulgurance de cette image me fit devenir idiote. Tactique inconsciente pour ne plus être la proie. De fait, cela fonctionna à merveille. Mes balbutiements idiots le désappointaient merveilleusement. C'est ce que j'ai cru.
Par la suite, je m'en voulus. Evidemment, l'image donnée n'était pas glorieuse. J'avais eu l'air d'une bécasse. A passer à la broche ? Il me rappela tout de même. J'en fus surprise, et contrariée. Ma bêtise avait été d'une profondeur sans nom. Je le méprisais de vouloir une dinde. Et ne donna donc jamais de suite à ses velleités chasseresses.
»09:21
lundi, 8 décembre 2003
Kino niqué
J'aime aller au cinéma. C'est dit. Me coller les mirettes à l'écran. Premier rang. Au bas mot. Quitte pour un torticolis. Mais être dans l'image. Chuchoter les répliques des uns aux autres. Etre sur leurs lèvres. Etre petite et puis gigantesque. Etre l'Empire State Bulding et puis l'acarien.
J'y suis insupportable. Et je n'y supporte personne. Mon épopée est un combat que personne n'a jamais voulu mener deux fois. Je le fais exprès.
Le premier rang est venu à moi comme je suis venue à lui. En retard. Parce que je systématise. Evitant les interludes publicitaires aggressifs. Evitant les secrets dévoilés de mes prochaines promenades. Evitant la cohue à l'entrée - armée d'un sourire pour la vieille dame, d'un bon mot pour l'étudiant : je les double à l'infini, ma séance commence. Je leur fais mon cinéma. A vot'bon coeur. Votre infinie gentillesse. Je filoute. J'efflioche. Je rentre.
M'installe sur mon second divan rouge. Seulement là, j'y croque des cacahuètes, je joue à la psy-singe-alyse, je ne parle pas. Et gare si le rang suivant chuchote ! Je les fustige de la voix, du regard, de crocs menaçants. S'ils continuent, chacune de mes cacahuètes devient une arme - guerre veloutée des tranchées, sièges en sang. Je leur fais mon cinéma. Jusqu'à grimper sur les sièges pour les faire taire. Si c'est un couple smouirkant, je fais de l'oeil à l'un ou l'autre. Je suis sur leurs lèvres. Je replonge, mes joues gonflées de chuts!, vent bienheureux pour le grand foc qui (re)part, gonflé. Plus isolée, contente, j'embrasse à nouveau celles, entoilées, qui me font face.
Je suis odieuse. Je le sais. C'est juste que j'aime me rouler -seule- dans la fange de leurs émotions baveuses. Car comble de mes défauts cinématographiques, je ne vais voir en salle que du très très sirupeux, du gluant. Du qui colle. Du qui tire des larmes des pré-adolescentes pré-pubères en mal d'amour. Et si je versais mon quota, encore que, peut-être, on pourrait m'excuser. Mais je ris. Je me moque. De moi, certes, mais qui peut le savoir ? Je ris au premier rang, gâchant la séance de toute la salle.
Et je m'enfuis, vite, avant que la lumière ne se rallume. Sait-on jamais.
»21:15
lundi, 15 décembre 2003
Bût son encéphale
Je l'ai suivi dans la foule. Grand, mais pas tant que ça. Son manteau lui taillait des épaules carrées. Son manteau lui donnait l'allure d'un aviateur disparu. De Lindenberg. Bon, pas tout à fait. D'un poète. Il était le petit Prince devenu adulte. Cheveux en bataille, sans gel supra fixant. Juste qu'il devait sortir de son lit. Animal nocture en diable. Animal à pelage roux, laine qui gratte.
C'était moi qui chassais. J'ai poursuivi tes épaules, jusqu'à ton visage. Le jeu était simple. Si tu étais beau, je continuais. Si tu ne l'étais pas, je te bousculais, tu m'aurais trop déçu. Mais voilà, l'arroseur arrosé, ce fût moi. Pas beau, certes, mais justement ciblant au coeur du genre prédéfini plus haut. Nez cassé. Tu te bats ? Sourcils à couteaux tirés.
Dans la foule, je te laisse me dépasser de nouveau. L'envie est de me noyer dans ton dos pour encore avoir le choix. Pouvoir re-décider l'attitude à adopter devant ton visage. Si il est beau, je continue tout droit, je l'ignore. Si tu ne l'es pas, je te bouscule, pour t'aborder.
Décidément le courage me manque. Je te poursuis, je te rattrape. Je te double. Je n'ose même pas risquer un coup d'oeil. Je me fais tellement toujours avoir par mes premières impressions. Je les crois toujours beaux, les hommes croisés. Et non, raté. Ils ne le sont pas. Je les pare d'espoir. J'en suis autant déçu. J'aimerais l'être. Tu l'es trop.
De toute manière, je vais t'oublier. La foule est dense, je peux tomber vingt fois amoureuse. D'ailleurs les épaules de ce type, là, à droite, ont une courbe sinueuse qui est fascinante. Ah ! c'est parce qu'il enserre sa femme.
Ce n'est pas grave, je t'ai déjà oublié, cher coup de coeur foulé.
Raté. J'aurais bien essayé.
C'est toi qui me bouscule. Tu t'excuses de ton plus beau sourire. Tu jouerais comme moi, cher inconnu ? Ne suis je pas assez belle pour que tu me bouscules ? Peu importe, tu m'as poussé trop fort, tu vas devoir t'excuser : je suis tombée.
Tu viens à mon aide, tu te confonds en platitudes. Tu écartes les badauds qui pourraient m'écraser. Que de délicatesse. Et ton prénom ? Alexandre brille à ton poignet. Je n'aime les hommes à gourmettes que pour le pouvoir qu'il me donne sur eux. Je t'interpelle. Tu tressailles.
Alexandre, conquière moi. Vas-y, je suis un pays. Viens, chevauche moi, je serais ton Bucéphale. Prends moi le mors aux dents, plein d'écume, plein de rage. Romps l'image trop douce qui t'accompagne et je serais amoureuse.
J'ai envie de l'être.
Fais moi plaisir. Saoule moi. Oui, ce bar est parfait. Tu y a tes habitudes ? J'aime être sur les terres d'un autre, y découvrir des familiarités qui me permettent d'être à l'aise. Je serais ta nouvelle, et ton ex aussitôt. Celle qui est venue entre la blonde et la rousse. Je suis un souvenir. Tu es un séducteur. Peu importe. Je ne te demande que cela. Séduis moi. Sois habile. Sois fin, sois précis. Fais moi l'amour une fois, une seule. A point de me regretter quand tu te réveilleras seul.
»17:40
dimanche, 21 décembre 2003
S-a S-uffit
S., l'hôtel-man, est revenu.
Le genre parfait, celui qui me prépare du thé quand je suis encore dans la salle de bains embuée. Celui que je ne peux m'empêcher d'appeller dès que je sais qu'il est là.
Là ? Moins de 30km. Dans un hôtel. Dans ma ville. Ma ville, orgeuilleuse que je suis. Mon territoire. Mes terres. Mes coins, recoins, plans, planques, et souvenirs en carafe. Quel hôtel ? Rue des Nuits. Nos nuits. Nous ne le connaissons pas.
Il faudrait qu'un jour prenant une carte de ma ville, j'y note la cartographie de mes coups de culs, de mes coups de coeurs, de mes idées embusquées, de mes pleurs retenus, de mes soupirs agaçés, de mes plus grands bonheurs, et des autres, singuliers et minuscules.
S., l'hôtel-man, est revenu.
Un texto pour me prévenir. Deux lignes non abrégées. Certains m'auraient écrit : "Sui a X t la ?". Lui se complait en notre territoire linguinal, nos idiomes construits sur l'arête, la crête de nos relations épisodiques. "Mademoiselle, que ceci consitue une convocation, rue des Nuits. Bon gré. Salutations". Il s'annonce, m'invite à peine. J'aurais préféré celui reçu il y a quelques temps : "Désir ardent. Sineux pour mieux dresser. Une table, rue de l'Amiral Nelson, 45. 21h35. Robe exigée. Surssures."
J'appelle.
- Bonsoir S. [tendue]
- Ravi de t'entendre. Comment vas tu ? [tendre]
- Et toi même ? [ailleurs]
- Une sourde envie de te voir. Un aveugle désir.. [allitérant]
[Je le coupe. Pourquoi m'agace-t-il ? Ses circonvolutions, habitant l'espace de notre conversation, habituellement m'émeuvent.]
- Idem. [froide]
- Mademoiselle boude ? [fonctionnel]
- Mademoiselle s'éléctrocute. Passe me prendre, nous marcherons sur les quais. [constatante]
- Vos ordres sont ... [coquin]
[Je le coupe. Pourquoi m'agace-t-il ? Ses circonvolutions, habituellement, m'émeuvent.]
- Soit simple. [brève]
"
Je raccroche. Je me prépare. Il arrive. Un bouquet à la main. Des marguerites. Comment donc fait il pour être si facilement juste avec autant d'emphase ? Je l'embrasse. Du bout des lèvres.
Nous faisons l'amour tristement, chez moi. C'est la première fois. Je ne peux pas m'enfuir de mes propres murs, alors qu'il s'endort dans mes draps. Et pourtant, si. Je rejoins la rue des Nuits, et dors dans son lit. Au matin, chien et loup se disputant de nouveau, la porte s'entr'ouvre. Par des baisers, il me défroisse. Nous faisons l'amour, endormis, tendres, yeux collés, lèvres humides, tête ailleurs. Têtes sur le seuil de la porte.
»02:08
samedi, 3 janvier 2004
Je suis odieuse. Elle vient de partir. Je crie "Victoire, enfin seule !". Je viens de la serrer au creux de mon cou. Lui dire qu'elle me manquait déjà. Avec beaucoup de gestes. Beaucoup de "Da! da!" bien appuyés, sonores et ronflants. Lui assurant que la maison était la sienne. Mon assiette la sienne. Ma vie la sienne.
Que j'étais à elle. Sa fille.
Un enfer. 10 jours chez moi. Non pas ma mère, mais la belle-mère de ma soeur. Femme adorable au demeurant, coupant la parole de façon tranchante mais posée. Un couteau. Cette femme est un couteau. Un couteau en argent, service du dimanche. Russe.
Ma soeur, pépiante et charmeuse, oiselle rampante, m'avait expliqué avec une logique qui me laissa pantoise, que les trois chambres ne pouvaient acceuillir qu'un couple de convives. Ah-ah. Que c'est Noël. Oui-oui. Que les parents seraient bien mieux installés chez eux. Bon-bon. Avec leur petit-fils. Hum-hum. 20 mois / ils ne dormiront pas ? Mais si - mais si. Et puis tu as pris des cours de russe. Vrai-faux : c'était en quatrième, pendant 6 mois, avant la dépression de Mlle Slot remplacée par un professeur d'hébreu -il n'y avait que ça. Pas grave, tu t'y colles. Argh-argh.
Bon. Chambre des invités prévue à cet effet. Ca ira. Les repas sont relativement collectifs. Oui, mais sans compter les imprévues. Les velleités de cuistot de la belle-mère. Sans compter que les plats se renversant : à recommencer. Sans compter qu'elle est épuisante: énergie d'un Gengis Kahn en jupons. Sans compter le sourire immense affichée en permanence : ultrabrite ricain.
Une paranthèse s'est abattue sur ma vie. Je l'avais ouverte juste pour son arrivée, prévisions climatiques s'avérant catastrophiquement exactes. Elle s'est refermée il y a cinq minutes. Enfin seule. La première fois depuis 10 longues journées. Les 15 prochains, mon nez sera invisble pour tous. Et dans 355 jours, je m'envole pour St Petersbourg. Je lui ais promis. Elle m'a donné les billets. J'en ai pleuré de rage, elle a pris ca pour de la tristesse. Confortée, sourire plaquée émail diamant, elle m'attends.
L'anniversaire de ma soeur est dans 18 jours. Le monde est bien fait.
»05:08
mardi, 6 janvier 2004
Tango/Charlie
S. est reparti. Vite. Vite et bien. Sans regrets ni remords. Entre lui et lui, je comble. Non, pas amoureuse. Non pas envieuse. Non pas attachée.
Si.
Tant pis.
Pour l'oublier, et m'en souvenir mieux, d'autres bras. Nous n'en parlons jamais de ces aventures licencieuses dans lesquels nos corps nous entraînent.
Parfois tcha-tcha-tcha, pafois valse lente, parfois rock. S. est mon tango. Peu d'hommes savent cette danse avec l'instinct sur d'une sensualité féminine, et le caractère dur d'un orgeuil masculin. Lui sait.
Hier, ce fut un slow que j'ai dansé. Tendre. Guimauve. Plaisant. Mon partenaire n'est pas dramaturge. Souriant. Air mol. Plume. Le duvet de ma nuque l'absorbe tout entier. Certains caressent avec autant d'application mon aigrette. Il me remplit de mots d'amour. Du vent. Mais parfumé. Il est de ceux amoureux de l'amour.
»14:32
dimanche, 18 janvier 2004
DCA
Une semaine au Yémen. Ou plutôt j’ai passé une semaine à m’envoyer en l’air. Entre les avions, les cockpits, les bus aériens, etc. Oui, je flirtais de façon insouciante avec les nuages.
J’ai invité mon interprète dans des cabines d’eaux closes pressurisées pour y faire monter vite vite la pression. Cela fonctionnait à merveille. On en ressortait a chaque fois avec les oreilles bouchées.
Sur les conseils d’une amie peu avisée, pour qui le tourisme n’est que sexuel, j’ai mis la géopolitique de côté. On s’en fiche. Il faut vivre. Alors j’ai vécu. Un amant, ou plusieurs dans chaque pays traversés. Ni plus, ni moins : elle veut goûter les spécialités locales. Avant de partir, elle me prescrit, comme anti-S, n’importe quel indigène. Elle est médecin. Je l’ai écouté. Mais, à côté avec mon unique velléité Yémen, j’ai l’air d’une nonne, voir d’une conne.
Lui, mon Yémen, mon pays, mon médoc, il était cultivé, fin, attentif, et doué. J’ai eu de la chance. Enfin, un peu. Et puis non pas du tout. Il est cultivé, fin, attentif, et doué. Ce n’est pas l’indigène à rombières duquel on se débarrasse par une poignée de kopecks. Ce n’est pas l’animateur du club Med local (oui.), ce n’est pas l’entraîneur de la salle de sport sur-équipée de l’hôtel occidental qui dévisage avec désintérêt la place public. C’est un interprète. C’est mon interprète. Celui sans lequel je suis perdue. Celui avec lequel je me suis perdue. Limbes nuageuses du plaisir.
Avec le flap flap outrageant des pales bruyantes, ou le bourdonnement des cabines, rien ne s’entend. Nous sommes beaux parce que muets et silencieux. Soupirs perdus dans l’ambiance envolée. Il n’est qu’une image, superbe, qui me prends, me fais jouir, m’embrasse à peine et recommence. Il n’a plus d’odeur. Le gazole est partout. Il est une sculpture au grain de peau doux. Pas de sons, pas d’odeurs. Je me crois au cinéma muet. Je nous vois en noir et blanc. Héros intemporels. Il est cultivé, fin, attentif et doué. Alors je l’ai ramené, un peu, dans mes bagages. Comme une invitation d’abord. Puis très concrètement dans 3 jours. Il vient d’appeler.
La désillusion Yémen sera terrible, je le sens. Je n’ai pas d’avions sous la main.
»18:15
dimanche, 1 février 2004
Eaux des JO sans médailles.
Mounir.
Mounir. Mounir est reparti.
Décidement je n'aime que de loin.
Mounir, Mounir le Yéménite s'est envolé.
Mounir.
C'est vrai, je l'avais invité. C'est vrai, nos embrassades passionées entre deux portes blindées étaient merveilleuses. Mounir. Comment lui dire ? Comment lui dire que j'aime vite, fort et haut ? Pareil que les JO, les médailles en moins. Comment lui dire que je ne sais pas aimer doucement, tranquillement et à voix basse ? Pareil qu'un enterrement, les sanglots en moins. Or je ne veux pas m'enfouir sous sa terre. Non. Je n'arrête pas de respirer en le regardant. Non. Je décède de plaisir dans ses bras. Oui. Mais je ne suis pas prête à mourir avec lui à mon chevet dans quelques dizaines d'année. Non. Mounir, non, je ne veux pas. Je ne veux pas y penser.
Ni à la mort. Ni à lui. Ni aussi loin. Il était trop près. Il a du repartir très loin. Très vite. Très haut.
Trop fort : son visa : disparu. Au même endroit ou nos relations avaient commencé.
»02:28
dimanche, 22 février 2004
Avoir M-er cette bien étrange aventure.
J'avais rendez vous avec M. Mais voilà, avec M. , les hôtels il ne faut pas y compter. Il arbhore les lieux publics. Snobisme ? Pire.
Il leur préfère l'inconfort des mansardes prêtés par des relations dont je ne sais rien. La coquetterie bourgeoise des F5 familliaux. Le bordel des F2 de ses amies. L'espace de lofts prêtés par ses amis. Peu importe. Le lieu doit être habité. Il doit pouvoir m'y faire à manger. Et m'y déguster. Avec les doigts.
Parfois il me rejoint. Parfois c'est moi. Mais partout un lieu nous attend. Un lieu vivant. Sigmatisé par l'habitant. Nos ébats suivent les contours de qui nous héberge. Leurs goûts. Leurs couleurs. La géographie caméléon de notre relation. Rien n'est jamais pareil dans les bras d'M.
Car je ne couche jamais qu'avec lui. Mais toujours avec lui qui est devient un peu de l'autre.
RDV pour 3 jours. Déléctable. Au delà, nous nous séparons vite. Dans le nid d'un autre, nous nous transformons en une effigie de couple parfait. Terrorisés, nous nous envolons vers des ailleurs.
35 rue Stendhal, 7ème étage. Pas d'ascenceurs. Sous les combles.
Il va me baiser comme un étudiant sans fric. C'est sur. Alors qu'il a 41 ans et n'en manque pas. D'abord comme un lapin. Ca sera rapide et je ne jouirais pas. Et puis rebandant aussitôt, on recommencera. Ca sera bien.
Ce fût ainsi.
Le troisième jour, au soir, un knock-knock discret à la porte. Nous étions couché. Cuiller. Son sexe en moi. Bougeant à peine. Fatigués. Usant à la corde nos désirs.
Un jeune homme entre, nous le distinguons. Pas lui. Nous le voyons se déshabiller. Avec rapidité et lassitude. Sans lumière. Se coucher. A 15 cm de mes seins.
Ne m'a-t-il pas vu ? pas voulu me voir ? est-il préoccupé au point de tout occulter ?
Il me heurte, en se retournant. Il bondit, surpris.
- Oh ! Je vous croyais partis vous et M.
Tu m'avais pas dit jusqu'à cet après midi ?
[La queue de M. toujours en moi.]
- Non, jusqu'à demain
{Silence gêné de l'étudiant sans fric.]
- Ok, je pars. Ch'uis désolé.
[Les yeux de l'étudiant essayant de me deviner.]
- Tu sais où dormir ?
[Une mais sur mon sein. L'autre sur mon clitoris.]
- Chez ma copine. Elle va râler, parc'que j'vais la réveiller. Et puis parc'qu'on s'est engeuelés. Mais bon, je te dois bien ça.
[Moi laissant échapper un soupir de béatitude.]
- Reste. Ca va aller.
[M, agacé et content, s'enfonçant jusqu'à la garde, sa queue plus durcie.]
- Euh, ouais... ?!? T'es sûr ?
[L'étudiant dubitatif, qui sait qui se passe sous la couette.]
-Oui.
[M. me poussant dans les bras de l'un de ses phantasmes.]
M. dirige tout. Organise son phantasme. L'étudiant et moi nous nous y plions avec plaisir. Comateuse, je deviens chiffon dans leurs bras. Cernée de plaisir. Criant sous leur bouches quand ils me prennent à deux. En une urgence impétueuse.
J'aurais aimé raconter cela à S. S., mon hôtel-man. S., mon tango langoureux. S. .
Je le voudrais jaloux.
Je voudrais qu'il m'aime d'avantage.
»06:23
lundi, 8 mars 2004
J'y vis.
J'y travaille.
J'y baise rarement, préférant les ailleurs.
J'y fais parfois l'amour.
J'y reçois.
Mon appartement. J'ai mis du temps à trouver mon appartement. Perle rare. Parce que j'avais décidé de ne faire aucune concession. J'avais décidé bien des choses pour lui avant que je ne le trouve. Qu'il vienne à moi ? Car il est moi, je suis lui. Comme dans tout les livres de feng-shui. Les livres les plus pros. Les plus vieux. Les plus chinois.
Mon appartement. Je suis bobo et matérialiste. Je le sais. Je suis écologiste et carriériste. Je le sais.
Mon appartement. Je suis matérialiste. Mon appartement est au rez de chaussée. Il comporte trois pièces -salon, bureau, chambre. Un couloir. Une salle de bains. Une cuisine. Un W-C. Un dressing-room. Un jardin. Il est grand. Il est clair. Je suis chanceuse. Je suis l'enfant des maux de mes parents. Ils m'ont évidemment aidé à l'acquérir.
Mon appartement est à la géographie de mes ébats. Ne mélangeons pas tout. Ou si mélangeons avec le goût de l'extra-ordinaire. Si prends à un homme l'idée de ne point me ménager sur la table de la salle à manger, qu'il sache qu'il y a là du piquant. Des miettes. Que lorsque je change d'avis et vais travailler allonger dans le moëlleux des plumes du lit, qu'il y ait là sensations qui soient à même de faire poindre de la nouveauté dans mon travail.
Mon appartement. Je suis écologiste. Les meubles sont réduits à des nécessités fonctionnelles. La reprise du marché économique se passera de mes deniers. Je ne jouerais pas le jeu de la surconsommation. Non.
Cependant, en accord avec le feng shui, l'astrologie chinoise, et le manque de bois dans mon signe, mes meubles sont en cette matière vivante et morte. Chêne pour la table de la salle à manger. Valeur solide et familliale des repas. Le lit est en noyer. Bois blond. Clair. J'aime. J'aime l'analogie de la noyade à celle de la coucherie. Je suis romantique. La coiffeuse est marquetée. Le bureau est en merisier. Finesse du grain du bois. Caressant quand je m'y assois. Une invite. Et c'est bien d'être invitée à travailler. Mes bibliothèques, étagères solides et simples, en chêne. Avec un goût de revenez-y. La table basse en tek manufacturé en roumanie. Parce qu'un peu de contraste n'est pas mauvais. Du pin, à la manière estudiantine pour la cuisine.
Parce qu'il est moi, je suis lui, il est moi. Si je n'y suis pas bien, il est triste. Je l'aime et m'y respecte. Alors je le chois comme une extension de moi. Jouant jusqu'à la coloro-thérapie. Jouant jusqu'à l'aroma-thérapie. Bien exploitées, elles font des miracles sur ce qui n'en a pas besoin. Mon second corps aime les médecines douces. Je suis matérialiste et écologiste.
J'y vis.
J'y travaille.
J'y baise rarement, préférant les ailleurs.
J'y fais parfois l'amour.
J'y reçois.
»21:14
jeudi, 11 mars 2004
A > C E L M M S < Z
En commençant ce journal, j'avais conscience de mon incapacité à me concentrer en une paire de bras. J'en ai, en cette heure, preuve(s). Est ce que cela m'inquiète ? Non, pas même. Serais je la putain qui se roule dans la luxure ? Non. Je suis la luxure dont rêvent les putains.
Mots douloureux, pourtant. Alors ? Alors, je prends mon cas par dessus la jambe, plaisir en tête, cerveau en berne, bras en cerceau, lèvres arrondies, cul en arrière. M'aimant d'avantage non par les bras qui m'enserrent, mais par mon plaisir à y être.
Et ce check-point nécessaire. Avant de m'envoler vers de nouveaux cieux ? Pas même. Mes nuages me conviennent. Je ne me suis pas infidèle. Chaque miroir à sa part d'ombre. L'extra-lucidité est une forme de cynisme qui ne me disconvient pas. J'irais bientôt chez une chiromancienne. Elle ira lisant ma main faire un voyage qui est le sien. Je regarderais son visage penché et y verrais mon avenir. Peut-être seule, sûrement ridée. Pourtant heureuse.
S. M. Mounir. Charlie, Lindenberg. L'écrivain.
J'aime S.
J'aime bien M.
J'ai bien aimé Mounir.
Je n'ai couché qu'une fois avec Charlie.
Je n'ai couché qu'une fois avec Lindenberg.
Je me suis enfuie devant l'écrivain.
D'aucuns ne me diront d'aller conquérir de la paume la plaine du ventre de S. Y faisant germer là, pépin de pomme, envies d'enfants et de famille. Je crois que je vais d'abord caresser le mien. Me concentrer sur mon Eve. Avant d'aller révolutionner un Adam.
J'aime S.
Moi qui ai toujours choisi. De A. à Z. . De 'M-er S.
Je m'alpha-bêtise.
Je ne sais pas ce que je veux.
Je suis une femme.
Sur cela la chiromancienne ne se trompera pas.
»20:08
mardi, 23 mars 2004
Calibré
Noir. Je l'aime noir. Très noir. Je l'ai découvert il y a peu. Me voilà infidèle.
Je bois du café. Moi celle qui s'enorgeuillait de connaitre le thé et ses secrets. Je me perds dans le corsage de mon ennemi juré. Peut-être n'y avait il pas compétition à établir. Peut-être ai je été à mon habitude trop entière. Enfin, 6 ans sans vouloir ne serait ce qu'y tremper mes lèvres dans ce breuvage pour vouloir m'y absoudre toute entière ?
Je ne fais pas dans la demi-mesure. Je suis conne. Oui.
J'étais un loir.
Je ne dors plus.
Je roucoulais.
J'aboie.
J'étais douceur.
Je suis force.
"Patience et longeur de temps, font plus que force ni que rage."
Dès que j'arrive à fermer les yeux. Juste après une nuit de sommeil qui ne vient pas, je jette la machine à café. Et retournerais lire mon avenir à chaque tasse de thé.
J'y arriverais.
Je suis force.
»04:08
mardi, 13 avril 2004
Chat / rat : à deux dans ma gorge.
Mon premier est mon orgueil, démesuré.
Mon second est ma bêtise, toute aussi immense.
Mon troisième est une même emprise sur mon corps.
Mon tout n'est pas brillant.
Je suis une maladie carabinée.
Parce qu'oui. J'ai du mal à comprendre pourquoi l'on peut résister. A moi !
Soit par la force. Soit par la douceur. En fonction. Mais j'obtiens toujours ce que je désire.
En général. Soit. En général, mon orgueil me fait snober tant et si bien que baste! , l'individu ou la chose tombe dans un puits d'ignorance d'où se relever tient du miracle.
Mais là !
Mon pauvre orgueil !
Il en pris plus que pour son grade. -100 points. Et pas de first-aid à proximité.
Ma grande bêtise !
Elle réagit avec une violence qui me surpris moi-même, attisant la colère de ma fierté.
Mon corps sournois !
Qui me trahit avec un brio insoupçonné, prêtant mon flanc au premier virus passant. Moi, si fière de lui, l'amenant où je voulais, en le fléchissant de mon esprit ! Traître ! Je t'accuse ici, mon corps chéri, de m'avoir trompé avec mon ça. D'avoir couché avec mon sentimentalisme exacerbé. Et toi, mon sentimentalisme d'avoir t'être excité sur les larmes de mon orgueil ! Je vous accuse tous les trois, oui, vous, de m'avoir fait un enfant dans le dos ! Un enfant qui m'asphyxie ! En bon parasite, s'accrochant à mes poumons ! Un enfant qui me pompe l'air ! Oui, vous trois, que je chéris tant, que j'aime et que je respecte, vous, orgueil, sentiments, et corps, je vous nomme aujourd'hui trois fois Brutus !
Mais restons en bon intelligence. Je ne voudrais pas que vous trois gagniez sur mon bon sens. Mon pragmatisme à deux balles. Le seul pilier fiable qui ne me fait pas sombrer dans du romantisme rose et sucré, mielleux et fielleux, à la corniche d'un noir sanglant.
Faites la paix. Je vous aime et vous honore. Ne vous tirez donc pas dans les pattes. Soyez bon amis.
Et laissez moi dormir.
»19:13
mercredi, 12 mai 2004
Chasse à cour
Le terrain de chasse était assez mal choisi. Plutôt miné. L'un des endroits, qui vraiment, me laisse, en un quart d'heure, nerveuse, aggressive, tendue, sur les dents, méchante, sournoise, fielleuse même et tout le temps hypocrite. Administration.
Administrez des claques -sur mon derrière rebondies. Mais pas de rester pendant des heures, assise dans "une administration", me gélant les miches, attendant mon tour, la rage aux dents, rictus aux lèvres. Administration, c'est la pleine lune, loup-garou, l'excitation sexuelle en moins. Administration, c'est l'autre qui jouit et vous qui restez en plan, les sens à vif, l'orgasme absent. Administration.
N° A-54. Vous imaginez être un B-quelque chose ? Moi, je ricanais quand je voyais les B prendre leur tickets. Les C me faisaient m'esclaffer. Les D, je roulais sous ma chaise. Méchante, oui. Ca faisait près d'une heure que j'attendais -après avoir fait 3 services, circuit de-chez-les-fous, Astérix, dossier bleu pour le 11ème étage 1/2- comme vissée par le cul, sur une chaise en bois, dure, étudiée dans son inconfort. Oubliées les TVs dans les coins, oubliées les fontaines d'eau, oubliés les distributeurs de cacacouhètes. On n'est pas au cirque. Administration.
C'est pourtant là que l'on a choisi de se rencontrer. Car on ne peut pas ne pas choisir un tel lieu, quand on rencontre quelqu'un. Si ce n'est pas nous, c'est une force occulte. Mais un choix a été fait, déterminant, scellant notre destin à jamais, de bien mauvais augure. Nous nous sommes rencontrés dans une administration. Nous serons braves. Administration.
Il était derrière un bureau. Je le détestais déjà. Pas lui. Ce qu'il représentait. Il allait me renvoyer dans un autre service, j'en étais déjà sûre. Prenant une inspiration, usant du fond de glue -tube vidé en 4 heures de temps-, j'arrangeais mon visage. Un sourire pas trop large -le con pourrait croire que je me fous de sa geule-, pas trop de dents -l'idiote pourrait croire que je me moque-, pas trop en coin -le crétin y verrait de l'ironie-. Des yeux pas trop écarquillés -l'abruti pourrait croire que je le suis plus que lui-, pas trop fermés -la teigne y verrait une rivale-, pas trop inquisiteurs -le pleutre me renverrait, papier manquant, de frousse-. Administration.
Il souriait. C'est rare. Botox envolé. Visage nu. Je souriais. Un peu large, un peu de dents, un peu ironique. Je soupirais. J'inspirais. Je poussais mon dossier. Il feuilletta. Il souriait. Je me lança :
"Vous pouvez m'aidez ?
"Oui, bien sûr.
Ô Joie ! Ô Bonheur ! Ô Dieux ! Veni, Vedi, Vici !
Il souriait. Je souriais.
Il regarda sa montre. Il était midi.
Il m'invita à déjeuner. J'acceptais.
»21:42
dimanche, 4 juillet 2004
Coeur accourrant
L'administratif planqué derrière ses piles de dossiers, faut l'oublier. Il était gentil, doux, attentionné. Ses piles de papiers ! A se croire chez les Soviets ! Si ! Je n'ai pas décrit son bureau : c'était le dernier, sous les combles d'un hôtel de ville prêt à vomir; le dernier et lui savait pourquoi : c'était un piège à fille. Mise en scène oblige. Des piles de feuilles, pas d'ordinateur, toujours prêt à aider. A inviter. A délasser.
Il faudrait que ces gens soient inscrits dans des plans de remise en forme, remboursés par la sécu. C'était un ange. On ne tombe pas amoureux d'un ange. Il n'a que mission après mission. Si on l'arrête, il devient aigri. Surtout, ne l'empêcher de rien : lui laisser prendre le large, ailes déployés, prêt a sauver la veuve, la bru et l'orphelin, d'un coup d'un seul. Et le voir disparaître à tire d'aile, sans s'émouvoir. On était prévenu. L'administration n'est fidèle qu'aux ennuis. Or j'allais bien, après lui.
Ensuite, le grand rien. Le grand vide. Le grand bien. Période transitionnelle inconnue. Car même sans amoureux, lever la jambe, ne pas lever le pied, avoir une peau à caresser, était le pendant de respirer. Et là, rien. Rien. Rien. Rien. Rien et encore rien. Pas de baisers, pas d'oeillades, pas de soupirs, pas de caresses, pas de baise, pas de foutre. Pas d'amoureux, et pas d'amants. Une révolution.
De fait, l'ange administratif m'avait aidé à classer mes dossiers, gentiement, sourire en prime. Me prélévant au passage, somme non négociable, toutes envies, tous désirs, tout flegmme amoureux ou libidineux.
Ce n'est depuis que quelques jours, soleil aidant, qu'un autre est venu me taper dans l'oeil. De facto, coup de coude au cinéma.
Car peau laiteuse, le soleil ne m'aime pas, ou m'aime trop, sans jamais arriver à nous accorder sur une couleur. Et voilà qu'il s'est assis, premier rang. Je grognais. Il ne m'avait toujours pas vu. Son coup de coude part : il enlevait sa veste (en été ?!?) Alors, je lui ai rendu. Dans les côtes. Amours chiennes. Ca ne s'invente pas.
Restaurant dans deux heures. Et soirée dansante juste après. Je me demande qui marchera sur les pieds de l'autre en premier.
»19:55
dimanche, 18 juillet 2004
La coupe enchantée
L'afficionados des salles de cinéma, premier rang, et petite laine en été, son petit nom c'est Roland.
Je ne vous ferais pas le coup de Ronceveaux. Je ne vous ferais pas le coup de la montagne tranchée, allégorie chantante à mon coeur ouvert.
Roland a 43 ans. C'est un noble déchu. C'est un parisien taciturne. Qui n'aime pas grand chose en dehors de ses sorties de cinéma quotidiennes. Il a un chien. Il s'appelle Julius. C'est un bishop. Son intérieur est sombre. Des meubles imposants. Une mère morte il y a peu. Je le soupçonne d'avoir eu envie de la faire empaillée.
Je suis amoureuse.
De quoi ? C'est une question que je me suis posée. Si Roland semble assez gris, passe-muraille, confondable d'avec les murs hausmmaniens, une fois nu, c'est un appollon. Il n'aime pas les excès. Son corps en est devenu noueux, sec, et dur. Un olivier. Un vieux garçon qui sent la naphtaline ? Même pas. Il cache sous ses gilets jaquard (portés, invariablement, été comme hiver), des réserves de tendresse. Sa vie est mieux remplie qu'il n'y paraît. Il a tribulé dans des contrées lointaines. Dont il me conte les récits les yeux ensoleillés. Il a eu des naïades, des pépés, et des jolies filles. Même au lit, il n'est pas mauvais - ce qui m'incite à le croire. Il ressort des photos à l'arrière gout colonialiste. Ca me fait frémir et jouir en même temps.
Quand nous aborderons nos opinions politiques, je le quitterais.
Dimanche après-midi, nous irons à un thé dansant.
Vous ais je dit qu'il dansait à merveille ?
»10:53
vendredi, 3 septembre 2004
Glissé piqué d'un tango africain
Ca dure. Presque deux mois. Bon, un mois et demi. C'est un record personnel. Dont je suis assez fière. C'est beau. Presque trop beau. Bon, c'est beau à demi. Je fais un peu l'autruche. Qu'il aime chasser. C'est un tireur d'élite, service militaire en Afrique, colonialiste comme pas deux.
Les arguments qu'il présente en contre-point, par contre, sont virevoletant. De l'ancienne école, il me fait tourbiloner sur des parquets vernis, à m'en faire décrocher les os. En tout cas, des sourires. Et dans le meilleur des cas, des trophées. Oui, il nous fait participer à des concours de danses mondaines. Où, ma foi, je ne me ridiculise pas. Mais, où c'est évident qu'il me surpasse. Je me sens gourde, parfois à son bras. Dans ces moments là, sa tendresse, disparais. Réapparait l'homme froid qui servait à l'Equateur. Climat torride : j'ai bien failli me prendre des gifles, son sang froid en ébullition devant ma tête de mule. J'ai eu le sourire carnassier, qui désamorçait : il me bousculait dans un ascenceur ouaté, me baisait en trois étages, et nous tourniquotions à merveille.
En bref, je l'aime. Je l'agaçe. J'attends qu'il parte. J'ai décidé, que pour une fois, je ne m'enfuierais pas. Si il se dit la même chose, nous voilà partis pour un tour de clanedrier infernal. J'espère qu'il n'achève pas ses liaisons à la chevrotine. De plus, il araît que sa mère n'est pas morte d'une mort naturelle. Et quand, en plaisant, l'idée de l'avoir empaillée, au milieu de ses trophées animaliers, a été susurrée... ses dents se sont montrées, lèvres écartées, yeux injectées, rictus réjoui.
J'ai un peu peur, du coup.
»18:09
dimanche, 3 octobre 2004
Cha-cha-cha
Il n'est toujours pas parti. Je ne me suis toujours pas enfuie. Je sens de plus en plus la naphtaline. Il est de plus en plus épanoui. Je crois que je me transforme en statue de sel. Il me chevauche sauvagement. Je suis l'ombre de moi-même. Il est radieux.
Nous devons changer. L'un et l'autre. Lui et moi.
Son chien est mort.
Même Mr M. ne veut plus me voir - et m'invective d'ouvrir les yeux.
Je reprends un somnifère.
Je m'enterre. Je m'enlaidis. Je disparaîs.
Il est avec moi depuis 3 mois.
Je compte les jours.
Je suis pâteuse.
Il est mon alcool.
Il a un nouveau chien.
Je le hais.
Mais ne pars point.
Si ça continue, le coup de chevrotine, partira tout seul.
Il m'empaillera.
Je le suis déjà.
Poupée de cire, poupée de son, poupée de salon qui enchaîne pas à pas sans faux pas tous les pas de danse, arabseque parfaite, cinéma, etc.
Je colle à ses désirs.
Je m'abstraits des miens.
Il est content.
Je ne sais plus ce que sentiment veut dire.
Il babille à haute voix, le long des couloirs tapissés de son appartement de vieux garçon.
Il est fou.
Je ne le suis pas moins.
De penser avec un "nous".
Parce que, c'est décidé :
Je veux un enfant.
De lui.
C'est décidé.
Voilà.
J'ai compté.
C'est décidé.
Un enfant.
»19:16
lundi, 29 novembre 2004
Depuis quelques jours, mes yeux collent a la vitre. Il m`a empaillee. Ca y est. Quel bonheur. Car c`est ca le bonheur, n`est ce pas ? Je m`accroche aux rideaux, ombre dans l`ombre mouvante que devient l`appartement. Je respire les parfums des fleurs fanes, ces grandes tapisseries qui me broient. Cette connexion, encore, pour quelques jours. C`est un cadeau. Quans il m`autorise a y acceder. C`est un cadeau auquel il demande des reciprocites. Quoi de plus naturel ?
Mes yeux collent aux carreaux. La transparence s`estompe. Des passants. Lui, dehors, parfois. 27 jours. Sans ailleurs. Quel bonheur. Car c`est cela le bonheur, n`est ce pas ? Je suis enceinte. Reste lui lui lui lui lui, un peu moi et son tetard dans mon ventre. Ca ne s`agite pas encore.
Yeux-fenetres. Amis disparus. Mort-nes. Ou sont ils ? La ville m`appartenait. Tout le monde me connaissait. Brillante. Etoile Fillante. Je gratte le verre. Mes ongles saignent. Il n`est pas revenu. Quel bonheur. Car c`est cela le bonheur, n`est ce pas ? Non, je me trompe.
Quant il reviendra, je ne pourrais etre que contentements et joies. N`est ce pas ? N`est ce pas ?
Quel bonheur. Car c`est cela le bonheur, n`est ce pas ?
Il me mettra une camisole. Pour que le cercle de mes actions se reduisent a sa bouche. Il m`agenouillera.
Quant a lieu le prochain concours de rumba ?
Va-t-il revenir ?
Seul ?
Quel bonheur, car c`est cela le bonheur, n`est ce pas ? n`est ce pas ?
»10:48
samedi, 25 décembre 2004
L'épiderme, du mésoderme s'envolle. L'endoderme se décolle de l'épymisium de me smuscles, nerfs, noeuds, cordes et os à l'abandon. Pour autant ma peau persiste à m'envelloper, quelques millimètres de l'écorchée que je suis devenue. Mon derme, patient, se soulève entièrement , vomi du profond de l'être, sa peau. Deux strates digipilleiuses -épi et mésodermiques- rampent l'une sur l'autre, progressent, s'épaulant, vaillament. Ca crisse, ça roule, ça s'étreint, ça chauffe. Roulements à bille, à blanc. Mes paupières, deux fois plus minces qu'à l'accoutumée, et deux fois plus longues m'aveuglent, ma bouche est comme cousue-close. Un lapin est moins malmené dans ce geste suprême et terrifiant de peau retournée.
Depuis plusieurs minutes, je flotte, électrique, à l'intérieur de moi-même. Il n'y a pas très longtemps, je me suis évanouie sur le sol. Quel bien-être de ne plus lutter ! Les muscles et l'esprit, lâches, ne nous supportant plus, laissent tout choir.
Je sens. Des plumes et du bois. Mon crâne éclate réguliérement, temps gauche, une graine d'acier, flipper affolé de mon corps, s'accroche là, prend racine au sol arachnoïde. Un épilobe pousse, auto-fournit d'humidité : il s'assemble lui-même, contruction océanique, complexe d'une tuyauterie externe, reliant la cavité occulaire, à celle, pubienne, de celle, buccale, à celle claviculaire, jusqu'aux aiselles qui s'en trouvent percées - (mais) des cheveux bouchent l'oeillet de la baignoire - la pression est maximale - un geyser bientôt - vapeurs fumerollantes aspira, goutte à goutte, explosions neuroniques unitaire, une à unes, chaque contenu cytoplasmique.
L'influx nerveux après une douleur de type "envellopant", met, expérience chronmétrée répétitivement, une moyenne de 7 dixième de seconde, A-R, pour re -parvenir à la zone concernée, douleur.
C'est long. Exemple : un bain. Mon pied. Température : 50°C. Je brûle. Puis je glace. Puis je brûle encore. Quand chacun de mes récépteurs synaptiques sont occupés, plus assez de sodium pour en libérer quelques-uns, l'expérience continue avec l'autre pied. Les fesses. Le dos. La tête. Le visage.
Je me redresse hurlante. Et recommence. Enfin, quand tout l'épiderme est anesthésié, le solliciter avec une eau glacée.
Je risque de défaillir. Mon coeur, affolé de contrastes, grille les 120 coups/minutes. Je risque de défaillir. Je tiens bon. Sers les dents. Du sang dans l'eau. Ma bouche. Mon ventre aussi. Fausse-couche ? Il me quitterais , lui de lui-même ? Peur étreignante. Mon coeur susrsaute, bondit, veux s'enfuir. L'eau glacée coule encore.
J'enjambe le rebord émaillé. Ne perçoi rien. Des vertiges flouent tout. Je me retiens. Quelque chose de spongieux. De dur et froid. Lui de lui s'enfuit. Epilobe d'acier. Décrochement de ma mâchoire, je glisse, blesse mon nez, ma lèvre. Je rampe, attrape une oie. La plume avec les dents, sur le plancher du couloir, atroces tapisseries fleuries-fânées. 'Voudrais la tuer avec les dents. La saigne.
Blanc, rouge, brun. L'odeur
mardi, 21 octobre 2003
Première tasse, dernière gorgée.
Envie réccurente depuis longtemps maintenant d'avoir un lieu où m'étendre en long, en large et en travers sur mes malheurs. Malheurs peu profonds, variant à peine des uns aux autres, gloabalement semblables aux maux de l'humanité tout entière. Malheurs qui n'en sont pas. Que l'on devrait appeler "tracas et encore". Vanité superflue d'une enfant choyée qui a en plus l'audace d'être triste, parfois. Voilà mon exutoire.
»01:57
Mirage d'une erreur.
L'erreur, c'est moi qui l'ai perpétrée et qui m'y suis enfoncée. Gaillardement. Bien sûr, dans une histoire à deux, on n'est jamais seul. Si, parfois. Je m'en suis rendue compte à mes dépends. Donc tristesse et amertume au rendez vous. Distance et abandon. Je ne saurais jamais ce qui lui est passé par la tête car je n'ai jamais eu le courage d'affronter mes questions, de les lui poser, et de lui dire mes attentes. S'enfuir !!... la belle histoire. Idéal pour pouvoir ensuite regretter. Et comme c'est facile de jouer à regretter, sans rien dire, hautaine et intouchable. S'effacer. Disparaître. "Penser à lui ? Non, vous n'y pensez pas. Il ne m'est rien". Et je flamboie, en veilleuse. Flammèche à peine vacillante parfois qui me murmure des "tu as bien fait" assassins. Et dévorante flamme alors que d'autres bras m'enserrent. Alors, oui, sans doute, j'ai bien fait. Néanmoins, je suis triste, et je pense à lui. Trop souvent.
»02:06
jeudi, 23 octobre 2003
Fait-blesses.
Corps ruminant qui ne veut pas comprendre que le sommeil est aussi fait pour moi. Si si. S'allonger, s'abandonner dans une position (après les avoir toutes essayées) et tomber dans les limbes de mes rêves, j'aime. Mais cette imbécile, ce grand dadais, m'en empêchent. Lui ? Le rhume. Elle ? La crève. Munitions prêtes, mouchoirs et eau, décoction d'eucalyptus enfumant la maison, granulométrie maîtrisée, quelques dolipranes pour la bonne mesure. Rien n'y fait.
Ma tête est lourde. Badaboum, ça commence à toquer derrière mes sourcils. Sarabande de microbes en furie s'ancrant dans mon occiput à la vie à la mort. Opus Rambo : "Je les creverais tous, un à un si il le faut". De plus, les fourbes, à trop danser dans les replis de mes lobes frontaux agaçent mes souvenirs, mes désirs, mes envies, mes projets, et mes regrets. J'enrage, le sommeil salvateur prends peur, se sauve un peu plus.
La température monte. Samba ! Sortez les cotillons : c'est la fête à Rio -pris en compte que je suis couverte des costumes d'une bonne quinzaines de danseuses-. Tout dégringole dans les artères, les rues détournées, les canaux, les voies d'eau et les places plus lymphatiques. Je m'affaisse, en sentant tout mais n'y pouvant rien. Je m'abrutis un peu plus. Tente le diable. Essaye de signer un pacte : "si je rejoins mon lit à cloche pied, ne pourrais-je pas tomber, me cogner, et être aceuillie par des pommes". Non ? Mon sang ? Trop affaibli ? Hum. Mon âme ? Disfonctionnante ? Bigre. Rude en affaires le type.
Alors je vais me verser une tasse de thé de plus. Attendre avec un livre pleins d'images et pas trop de mots -je viens de découvrir que je ne savais plus lire-. Voir le petit matin se lever. Sombrer. Enfin. Et me faire réveiller par les ponceuses de l'appartement d'à côté. De tout manière, j'avais des choses à faire, j'm'en fous. Ma copine trop collante Miss Maladie tu n'a que revenir demain soir, on se fera des batailles, en tête à tête.
»00:58
samedi, 25 octobre 2003
In-fusion out.
Se disperser en amour comme à la guerre, ne m'apporte rien de bon. Ne pas se concentrer sur un but et un objectif non plus. Aucun plan de bataille sous la main, les lignes de mes paumes sont insuffisantes. Chiromancie s'entremélant dans les notes prises à la va-vite où est ta vie. Droit dans un mur, à cette vitesse. Blam. Blâmer, ca fera mal. Brâmer ? On y vient.
Et si ma stratégie était de penser globalité et non pas juxtaposition [de parties à emboîter, à combler, à feinter] ? Je n'ai pas un sexe et un coeur, mais un corps, à matter dans une partie d'échecs ambivalente, où tout les coups sont permis. Je jardine à la bine mon coeur, essayant d'avoir un jardin fleuri, mais sans fruits. Résultats d'à trop rester dans les probables, à ne rien dire même quand l'eau de mon âme frissonante aimerait s'infuser d'un D., d'un aime, d'un S (qui) sait.
Les aimer tous, oui. N'en aimer aucun, aussi. Funambule sur le fil du rasoir, je me fends, et me recroqueville, faon (qui aimerait être) en pleurs. Le fond est que je suis un roc, un cap, un pic, une péninsule. N'appréciant pas ma propore fragilité. Oubliant la grâce de ma féminité. Je voudrais être l'exquise, la touchante, l'adorable, celle choyée car prête à se briser. En lieu et place je suis celle qui obtient par volonté. Entêtement et labeur. Travail, sacrifice, j'oublierais la patrie ... comment puis je (m')être aimée .... si moi même ne sait m'abandonner.
»22:14
lundi, 27 octobre 2003
Eclipse
Fond d'air frais, soleil d'un bleu transperçant le coeur, balade sur le quai du fleuve. Bonheur en perpective. Bonheur si proche qu'on s'y baigne. Bonheur auquel on fait des risettes. Il nous pince les joues. Les pomettes rossissent. La température n'y est sans doute pas pour rien, mais qu'importe. La vie devant soi. Heureuse à en toucher la lune qui se découpe, sceau filigrané du ciel, du bout des doigts, qui serrent le col autour du cou. Lumière un peu basse qui allonge les ombres, je deviens échassier, prête à m'envoler.
Et puis couloir sombre de l'immeuble. Soleil qui tombe. Plus de chatoyances dans les cheveux blonds. Plus de coups d'oeils au monde. Seule chez soi. Face au néon de son écran. Penser à travailler. Penser à préparer le RDV de demain. Rien de primordial, pas d'excitation supplémentaire. Visage bleuté. Visage mort-vivant suçant sa vie. S'ébrouer vite, vite de tout cela. Ne pas se laisser manger par la morosité. Riposter, attaquer comme seule défense.
Chauffage pour créer la chaleur d'un nid d'oiseau. Goûter-souper plein de chocolat chaud, de pain viennois et de fruits. S'éloigner de la zone à danger iridescent, prendre du papier, quitte à devoir faire ses devoirs, quitte à devoir recopier ensuite. Sentir les arbres sous ses doigts et s'étaler encore de l'encre sur les phalanges (je n'ai jamais su écrire proprement). Se dire zut et mince : la nuit profonde acceuillera mieux mes élucubrations. Et je me rends compte, que les arabesques de mes lettres se transforment. En un corps chaud. J'en ai envie, là, à mes côtés. Ma pensée se fait animal, et féline d'intérieur.... et je cède -encore. Je l'appelle -moi à lui. Lui, le corps chaud, déjà au creux de l'estomac.
"Tu passerais ce soir [languide]?
"Hum (....) pourquoi pas [souriant] ?
"Tu préfères que je vienne [provocatrice]?
"Tu as envie [joueur] ?
"De toi... [allumeuse]. Quand [pragmatique]?
" Maintenant ... [allumé]
" Laisse moi une heure, le temps d'arriver [chatte].
Et voilà que je me prépare entre deux touches d'un clavier. M'excitant de ma narration, m'excitant des atours dont je me pars pour lui. Il aime cette couleur, elle me va. Bien. Il aime ce parfum, et c'est le mien. Je serais femme. Il me chiffonnera. Il me fermera les yeux de baisers. Il aura la douceur des couleurs boticelliennes. Il aura le rythme d'un jazzman en perdition, saxophonant mon corps à l'infini. Il m'irisera de la lumière de ses yeux bleus. Ca ne sera peut-être pas exactement cela mais il choiera mon corps comme il sait le faire. Le soleil revient. Je travaillerais quand il se sera endormi. Dans l'odeur d'été des draps. Dans le crissement de sa peau. Dans sa respiration outremer. Et je m'enfuierais avant qu'il ne se réveille, comme à chaque fois, incapable de dormir à ses côtés.
»18:46
mardi, 28 octobre 2003
S-top
Il a été parfait. Même au petit déjeuner. Sans prévenir, il a sonné chez moi. Des croissants embaumant, embuant ses lunettes dans un sachet kraft à l'encre verte sapin, tout contre sa chemise blanche, froisée de la veille, mon odeur s'accrochant au col. Un sourire enjoleur accroché aux lèvres, son sourire carnassier de vainceur. Il était sûr de lui. Maître du monde que je lui octroyais, clos par la circonférence de mes bras. Mes cheveux gouttants sur mon peignoir crème, il m'a gentiment carressé la joue. M'a dit de me finir de me préparer, qu'il s'occupait de tout. Un baiser sur mes lèvres encore scellées.
Je n'ai rien dit. J'étais morte de peur. Je suis retournée à mes flacons, et mes odeurs. Cogitant. Ergo Sum. Un peu trop parfait. Un peu trop gendre idéal. Un peu trop proche du carmin de mon muscle cardiaque. Un peu trop envahissant. Qui peut se permettre d'arriver un mardi matin 8h30 sonnantes, les dents souriantes sans que je joue l'absente ? Le thé, un Yunnan -le bougre-, emplit mes murs. J'imaginais la table dressée, deux bols, la théière assortie -service blanc à liseré rouge-, quelques confitures -orange, abricot, prune, et fraises-, du miel, un couteau, la corbeille à fruits en osier tressé, des sets de table blanc, rosaes surpiquées. Je sortis, habillée et prête, priant presque que ma vision ne se fusse pas accomplie. Presque pas. Manquaient à l'appel quelques confitures et le miel, les sets. Le service était en grès verni. Avec le bois de la table cela allait. Avec le bleu de ses yeux -il avait ôté ses lunettes-, à travers les vapeurs, il y avait concurence de brillance.
Mais non. C'était la.. quatrième, cinquième fois que l'on se voyait ? Peut-être une de plus. A chaque fois charmant. Trop charmant pour être honnête. Nous ne parlions pas. Son sourire ocupait tout l'espace. Qu'il sorte des fadaises. Des trucs niais, n'importe quoi, pourvu que cela soit bête. Il s'est obstiné dans le silence. Il me regardait plonger dans mon bol. M'y lover. Dans ses bras. Et puis, enfin, il a daigné fendre l'air d'un :
"Tu vas être en retard.
"Non, ce n'est pas très loin. Et je ne pense pas que mon RDV sera à l'heure.
Nous sommes partis ensemble. Table défaite. Pas de gestes excessifs de tendresse . Un baiser, lèvres closes. Je lui ai demandé de ne pas recommencer ce genre de surprises.
Et je m'invective encore pour ne pas tomber amoureuse. Car la prochaine fois, encore une fois, n'aura lieu que si accrochée, je décroche pour l'appeller. Car sa vie m'est lointaine. Car nos plaisirs partagés s'arrêtent à des lieux communs. Des hôtels.
»12:39
mercredi, 29 octobre 2003
En-volée
Malgré des heures allongées sur le divan de mon psychanalyste chéri, je continue. Je sais pourquoi. Je sais comment. Je sais ce que je ressens. Je sais que c'est mal. Mais je continue.
Les raisons ? Un a-priori manque dans mon enfance. Comme tous les enfants ayant des frères et des soeurs je suppose. D'autant plus en étant l'aînée. D'une jolie et sympathique soeurette de 4 années ma cadette. Ce n'est pas une raison. Je n'ai pas été rejetée. J'ai toujours été aimée. Et pourtant. Je continue à voler. Et en même temps la honte se love là. Et en même temps, j'aime cela.
Récidive ce matin. A la manière du "Cri de la soie", ou presque. Elle ne savait a l'évidence pas si prendre. Ma préférence va pour du jouissif. De l'inutile ou presque. Je ne vole jamais ce dont j'ai besoin, mais toujours ce dont j'ai envie. Non pas par nécessité, mais par plaisir. A quelques exceptions près.
Par exemple, pour le plaisir d'ouvrir un paquet, d'y flairer son contenu, sentir une odeur de neuf. Pour le plaisir d'un bas et de sa douceur toujours inattendue. Pour le plaisir d'un cachemire dont la caresse sur ma peau est inacceptable de sensualité. Pour le plaisir du bel objet, un cahier dont la jaquette était en cuir, un stylo-plume en argent. Pour le plaisir de l'éclat d'un bijou. J'ai volé peu de bijoux, c'est plus difficile.
Les supermarchés de mon adolescence ne m'intéressent plus. Trop aisé. C'est comme y faire ses courses. Sauf qu'au lieu d'un cabas ce sont les poches de mon manteau, mon sac à main qui se remplissent. Je péfère mainteant les lieux plus petits et plus confinés.
Il y a plusieurs excitations. La première, celle du repérage de l'objet. L'avant-bêtise. La seconde, on épie qui se trouve là. Qui pourrait nous regarder du haut d'une caméra. On cherche l'oeil du vigile. Très intense car difficilement d'une discrétion absolue. Et plus on traîne, et plus le risque de se faire repérer augmente. La troisème étape est le strip-tease. D'un code bippeur inoportun par exemple. Angoissant également, donc terriblement excitant. On contrôle sa respiration avec un coeur palpitant. La quatrième, la saisie. Quand l'objet glisse dans le sac. Il faut que ca soit bref. On ne respire plus. On ne regarde pas ses mains. On regarde autour de soi avec un sourire, essayant d'accrocher le regard de l'éventuel gêneur de ses yeux et non de ses doigts agiles. La cinquième étape est celle de la flâneuse qui vient de reposer ce qui ne lui convenait pas. "Non non, trop cher. Non, j'ai déjà. Non, rien ne sera assorti à cela dans ma garde robe. Non, je vous remercie, la couleur n'est pas celle que je cherche. Vous pouvez me montrez autre chose ?". A cette étape est associée une amnésie temporaire, étrange état nuageux. L'acte est effacé, poli, rien ne s'y accroche. La huitième étape est la sortie. En suite directe avec la précédente, comateuse mais souriante. Si il y a caisse, quelques paroles superflues, une ébauche de sourire -devant être franc, à l'hôtesse , mais discret. On regarde droit devant soi. Le regard ne fuit -surtout -pas. La neuvième est la mémoire. Le toucher. L'utilisation. La parure. La jouissance de l'objet acquis. Qu'on oublie déja au profit du prochain.
Je ne sais pas quand. Ni quoi. Mais je sais déjà qu'il y aura une prochaine fois.
»15:07
dimanche, 2 novembre 2003
Prise
Quelques fois surprise par l'oeil d'un vigile plus attentif que la moyenne. Jouant d'un sourire immense, et d'un rire un peu bécasse, s'en sortir n'est pas trop difficile. Les "Oh, je me suis trompée, j'avais la tête ailleurs" fusent. Ricanements. On ne revient pas pendant un mois, deux peut-être. D'ou l'avantage d'habiter à Paris. C'est un immense champs de magasins à piller allégrement.
Et puis si, prise sur le fait quelques fois, le mal étant fait. Passage à la caisse. On paye. Puis à la sortie, le vigile vous demande d'ouvrir votre panier, votre cabas ou de vider vos poches - j'ai un manteau spécial pour ces séances de shopping, aux poches profondes, immenses, larges à tel point qu'une bouteille d'un litre et demi s'y cache. Reste à adapter sa démarche. Et pour les petits objets, c'est idéal. Car un trou, au fond de ces poches, envoie mes larcins dans l'ourlet, derrière la doublure, tout en bas. Où les portiques clignotant ne s'abaissent jamais. - Il fait correspondre à votre ticket de caisse les objets qui s'étalent sous ses yeux. Remarque l'/les anomalie(s). Vous invite à le suivre.
Dans ces moments là, on se sent toute petite. Assez misérable. Les regards de vos congénères, scrutateurs, méprisants, ironiques, vous donne envie de rentrer sous terre. Et puis là encore, je surjoue.Tête haute d'abord. A dire "mais non, mais non". Et puis "oui, bien sûr, je vais payer". "A l'amiable, évidemment ". Ne pas se justifier -car rien ne justifie le vol à l'étalage dans mon cas- est la règle à appliquer. J'essaye toujous de ne pas leur montrer que j'ai peur. Car j'ai peur d'eux. Et pourtant. Je recommence. Encore, encore, encore.
»07:35
jeudi, 6 novembre 2003
Epicentrée
Comme beaucoup de rencontres, elle était un lieu commun. J'avais lu quelques uns de ces livres. Sans savoir qu'ils étaient de lui. Je n'imaginais pas même qu'on puisse rencontrer l'auteur de phrases que l'on eu pu chérir. Car ses mots, sa pensée m'étaient devenu chers.
Je n'ai appris que plus tard qu'il en était l'auteur.
Si je suis sure que je ne me serais pas comportée comme une groupie houspillant l'auteur pour un autographe, mon trouble n'aurait néanmoins pas été feint. Se sur-imprimant à celui que j'éprouvais déja devant cet homme aux lunettes fines, à la voix basse et chaude. Son regard fuyait un peu. Je m'amusais à tenter d'accrocher ses pupilles à mes iris, par jeu. Et le trouble augmentait. Il était charmant, prévenant. Il revenait avec à la main un martini et un whisky. Vernissage dans un lieu huppé, vernissage comme tant d'autres, où l'on se saoulait élégamment. Aux murs, des croûtes. Je le lui dis. Il souria, ria presque.
- Oh, seraient elles d'une personne vous étant proche ? [génée planquée dentée ]
- Non, à moins que l'on ne considère proche l'ami d'un éditeur. [rieur moqueur accusateur ]
Je suis une accro à la bourde littérale. J'avais réussi à en réchapper de justesse. Je n'eus pas la présence d'esprit de deviner ce qu'il faisait comme métier, par cette indication. Trop éthylée. Et puis cette question m'ennuie profondément. Peut-être est ce parce que je connais trop la lueur de consternation qui s'allume dans le regard de l'interlocuteur quand j'énonce la mienne. Ne tendant pas la perche, j'évite la politesse boomerang.
Il ricanait encore. Cela m'agaçait. Il aurait pu avoir la gentillesse de ne pas me faire rougir. Et pourtant, je rougis. Il trouva cela charmant. Presque.
- Seriez vous génée ou avez vous trop bu ? Cela vous va à ravir. Un autre martini ? [tentateur poseur]
-Merci, je crois que je vais m'éclipser. [agacée soupirée]
Son charme s'estompait à mesure de son amusement à mon propos. Je suis trop suceptible, c'est dit. Je n'arrivais pas à rire avec lui de moi. J'ai l'alcool triste. L'oeil brillant, luisant, pelage smokée, je me retirais.
- Nous reverrons nous ? [suputateur]
- Sûrement. [blasée]
Et là, une étincelle de génie parcourue ses épaules. Mettant ses mains dans ses poches comme un enfant boudeur, elles se soulevèrent dans un mouvement d'une grâce absolue. Mon oeil s'accrocha à cette ligne droite devenue sinueuse et mouvante, serpent tentateur. Je lui touchais le bras, essayant de saisir la beauté, à l'écart de l'épicentre. Désir recentré. Peur d'être consumée vive par la lave. Je lui serrais la main, essayant d'être toute cordiale, n'étant que toute languide.
Nous nous reverrons sûrement. Je suis proche au troisème degré par alliance de la personne de la personne qui exposait.
Non, pas respectueuse du travail exposé quand il est trop mauvais. Oui, en dehors du cercle immédiat de l'artiste. Oui, je m'enfuyais.
»15:29
samedi, 8 novembre 2003
O
De monts en merveilles je crochète le versant de chaque montagne de papier. Il m’arrive d’aller sur le terrain, mais rarement. Je suis géographe. Métier qui laisse le plus souvent perplexe. Ah, tu es géographe ? Et c’est intéressant ? Oui bougre d’idiot sinon je ne le ferais pas. La discussion s’achève ici abrupt, à pic. J’évite généralement de ré-engager la conversation avec un tel individu. Sauf, si vraiment, il est très attirant. Sinon, ce spécimen trouve une dinde et s’en délecte pouvant fadaiser à plaisir. Il fait le paon. La roue de son savoir s’étale, aussi courte que sa queue, sa vue, souvent. On me confonds souvent avec une géologue. Une Tazhieff en jupon. Les derniers, plus intéressants, commencent à s’inquiéter de la portée politique de mon travail. Mais voilà, parler politique dans une réunion, de quelque genre que ce soit, prête toujours à confusion, à échauffements et à paroles professées trop rapidement. Bien que le milieu dans lequel j’évolue voit rarement sortir les poings, les lames, il s’en est parfois fallu de peu pour que les coups ne partent pas.
Et pourtant les débats engagés sont souvent assez peu intéressants, répétant les mêmes inepties, les mêmes idioties que celles proférées dans les quotidiens, les téléviseurs. A quoi se fier alors ? Pas grand chose, si ce n’est des faits. Des choses concrètes s’étant passées. Chiffrées. L’analyse de ces quantifications humaines est ensuite de notre ressort, à nos collègues et à moi. La géographie dont je m’occupe n’est pas celle des frontières mais celles des mouvements de groupes ethniques, et leur corrélation avec le développement intellectuel du pays qui les accueillent. Or l’élite intellectuelle est aussi l’élite du pouvoir. Donc, indirectement, j’utilise les mouvements ethniques pour évoluer la richesse et le développement d’un pays. Expliquer cela à des bourgeois passablement imbibés est difficile. Ils me répondent pour la plus part du temps avec des noms d’organismes. Comme des étendards brandis reviennent souvent les noms d’Amnesty International par exemple. Pour lesquels souvent, ils tirent une larmichette de leur portefeuille. Ca déculpabilise. Mais c’est souvent hors propos.
Ils ne comprennent pas que je suis désengagée. Que j’estime, que je quantifie, que je note et dénote, que j’observe. Mais que jamais je ne prends parti. Et quand je leur dit, leur désintérêt immédiatement décroît. Quand je leur explique qu’étant informée, et observatrice, je ne me peux me permettre d’interférer, ils explosent. Et tentent de me prouver par A + B mon tort. Mon erreur. Mon inconscience. Ca dégénère rapidement, comme je le disais.
Donc il faut trouver à parler de tout, surtout de rien. De faits de sociétés légers. De spectacles. De personnes connues. De relations. De couches. De biberons. De permanentes. De mode. Sujet inépuisable la mode. Surtout ne pas trop montrer ses tripes. Ne pas exposer d’intime projet, encore en gestation. Ou alors créer le climat propice à la déclamation de secret d’état personnel sous le manteau.
»18:15
jeudi, 6 novembre 2003
Epicentrée
Comme beaucoup de rencontres, elle était un lieu commun. J'avais lu quelques uns de ces livres. Sans savoir qu'ils étaient de lui. Je n'imaginais pas même qu'on puisse rencontrer l'auteur de phrases que l'on eu pu chérir. Car ses mots, sa pensée m'étaient devenu chers.
Je n'ai appris que plus tard qu'il en était l'auteur.
Si je suis sure que je ne me serais pas comportée comme une groupie houspillant l'auteur pour un autographe, mon trouble n'aurait néanmoins pas été feint. Se sur-imprimant à celui que j'éprouvais déja devant cet homme aux lunettes fines, à la voix basse et chaude. Son regard fuyait un peu. Je m'amusais à tenter d'accrocher ses pupilles à mes iris, par jeu. Et le trouble augmentait. Il était charmant, prévenant. Il revenait avec à la main un martini et un whisky. Vernissage dans un lieu huppé, vernissage comme tant d'autres, où l'on se saoulait élégamment. Aux murs, des croûtes. Je le lui dis. Il souria, ria presque.
- Oh, seraient elles d'une personne vous étant proche ? [génée planquée dentée ]
- Non, à moins que l'on ne considère proche l'ami d'un éditeur. [rieur moqueur accusateur ]
Je suis une accro à la bourde littérale. J'avais réussi à en réchapper de justesse. Je n'eus pas la présence d'esprit de deviner ce qu'il faisait comme métier, par cette indication. Trop éthylée. Et puis cette question m'ennuie profondément. Peut-être est ce parce que je connais trop la lueur de consternation qui s'allume dans le regard de l'interlocuteur quand j'énonce la mienne. Ne tendant pas la perche, j'évite la politesse boomerang.
Il ricanait encore. Cela m'agaçait. Il aurait pu avoir la gentillesse de ne pas me faire rougir. Et pourtant, je rougis. Il trouva cela charmant. Presque.
- Seriez vous génée ou avez vous trop bu ? Cela vous va à ravir. Un autre martini ? [tentateur poseur]
-Merci, je crois que je vais m'éclipser. [agacée soupirée]
Son charme s'estompait à mesure de son amusement à mon propos. Je suis trop suceptible, c'est dit. Je n'arrivais pas à rire avec lui de moi. J'ai l'alcool triste. L'oeil brillant, luisant, pelage smokée, je me retirais.
- Nous reverrons nous ? [suputateur]
- Sûrement. [blasée]
Et là, une étincelle de génie parcourue ses épaules. Mettant ses mains dans ses poches comme un enfant boudeur, elles se soulevèrent dans un mouvement d'une grâce absolue. Mon oeil s'accrocha à cette ligne droite devenue sinueuse et mouvante, serpent tentateur. Je lui touchais le bras, essayant de saisir la beauté, à l'écart de l'épicentre. Désir recentré. Peur d'être consumée vive par la lave. Je lui serrais la main, essayant d'être toute cordiale, n'étant que toute languide.
Nous nous reverrons sûrement. Je suis proche au troisème degré par alliance de la personne de la personne qui exposait.
Non, pas respectueuse du travail exposé quand il est trop mauvais. Oui, en dehors du cercle immédiat de l'artiste. Oui, je m'enfuyais.
»15:29
dimanche, 30 novembre 2003
Trop félin
L'écrivain, disparu.
Ce genre de rencontres, où l'imbibation version baba-au-rhum est plus que nécessaire, a rarement de conséquences favorables sur l'organisme. Alors, oui, j'adore ce qu'il écrit, mais non, la personne n'est pas pour moi. Nous nous sommes revus plus tard, nous testant parallèlement. Nos désappointement fûrent égaux, je ne m'en tira pas avec les honneurs. Il dût me trouver aussi ennuyeuse, que je le trouvais anthropophage. Ceci dit, en temps qu'écrivain, cela pouvait s'expliquer.
Restaurant. Ses boutades sont aussi lourdes que le menu. Spécialité maison : du tartare. J'aime la viande, je suis carnivore. Mais je ne suis pas encore celle qui déchiquète à même la gazelle épuisée. Lui par contre avait l'air d'y prendre un plaisir inommable. Ses yeux brillaient. Ses dents pointaient sous ses lèvres. Qui elles même luisaient. Une soirée pour devenir végétarienne, en somme. Pourtant il restait élégant, ce contraste était frappant. J'essayais de transposer cet animal dans un lit tendu de frais. Je n'arrivais à m'ôter de l'esprit son visage, aux anges, se relevant avec ces même intentions inscrites sur sa face, de mon entr'cuisse... Je sus à l'instant que je ne pourrais résister à y passer la main, soucieuse et inquiète de vérifier mon intégrité physique, tremblotante à l'idée de voir du sang sur mes doigts. La fulgurance de cette image me fit devenir idiote. Tactique inconsciente pour ne plus être la proie. De fait, cela fonctionna à merveille. Mes balbutiements idiots le désappointaient merveilleusement. C'est ce que j'ai cru.
Par la suite, je m'en voulus. Evidemment, l'image donnée n'était pas glorieuse. J'avais eu l'air d'une bécasse. A passer à la broche ? Il me rappela tout de même. J'en fus surprise, et contrariée. Ma bêtise avait été d'une profondeur sans nom. Je le méprisais de vouloir une dinde. Et ne donna donc jamais de suite à ses velleités chasseresses.
»09:21
lundi, 8 décembre 2003
Kino niqué
J'aime aller au cinéma. C'est dit. Me coller les mirettes à l'écran. Premier rang. Au bas mot. Quitte pour un torticolis. Mais être dans l'image. Chuchoter les répliques des uns aux autres. Etre sur leurs lèvres. Etre petite et puis gigantesque. Etre l'Empire State Bulding et puis l'acarien.
J'y suis insupportable. Et je n'y supporte personne. Mon épopée est un combat que personne n'a jamais voulu mener deux fois. Je le fais exprès.
Le premier rang est venu à moi comme je suis venue à lui. En retard. Parce que je systématise. Evitant les interludes publicitaires aggressifs. Evitant les secrets dévoilés de mes prochaines promenades. Evitant la cohue à l'entrée - armée d'un sourire pour la vieille dame, d'un bon mot pour l'étudiant : je les double à l'infini, ma séance commence. Je leur fais mon cinéma. A vot'bon coeur. Votre infinie gentillesse. Je filoute. J'efflioche. Je rentre.
M'installe sur mon second divan rouge. Seulement là, j'y croque des cacahuètes, je joue à la psy-singe-alyse, je ne parle pas. Et gare si le rang suivant chuchote ! Je les fustige de la voix, du regard, de crocs menaçants. S'ils continuent, chacune de mes cacahuètes devient une arme - guerre veloutée des tranchées, sièges en sang. Je leur fais mon cinéma. Jusqu'à grimper sur les sièges pour les faire taire. Si c'est un couple smouirkant, je fais de l'oeil à l'un ou l'autre. Je suis sur leurs lèvres. Je replonge, mes joues gonflées de chuts!, vent bienheureux pour le grand foc qui (re)part, gonflé. Plus isolée, contente, j'embrasse à nouveau celles, entoilées, qui me font face.
Je suis odieuse. Je le sais. C'est juste que j'aime me rouler -seule- dans la fange de leurs émotions baveuses. Car comble de mes défauts cinématographiques, je ne vais voir en salle que du très très sirupeux, du gluant. Du qui colle. Du qui tire des larmes des pré-adolescentes pré-pubères en mal d'amour. Et si je versais mon quota, encore que, peut-être, on pourrait m'excuser. Mais je ris. Je me moque. De moi, certes, mais qui peut le savoir ? Je ris au premier rang, gâchant la séance de toute la salle.
Et je m'enfuis, vite, avant que la lumière ne se rallume. Sait-on jamais.
»21:15
lundi, 15 décembre 2003
Bût son encéphale
Je l'ai suivi dans la foule. Grand, mais pas tant que ça. Son manteau lui taillait des épaules carrées. Son manteau lui donnait l'allure d'un aviateur disparu. De Lindenberg. Bon, pas tout à fait. D'un poète. Il était le petit Prince devenu adulte. Cheveux en bataille, sans gel supra fixant. Juste qu'il devait sortir de son lit. Animal nocture en diable. Animal à pelage roux, laine qui gratte.
C'était moi qui chassais. J'ai poursuivi tes épaules, jusqu'à ton visage. Le jeu était simple. Si tu étais beau, je continuais. Si tu ne l'étais pas, je te bousculais, tu m'aurais trop déçu. Mais voilà, l'arroseur arrosé, ce fût moi. Pas beau, certes, mais justement ciblant au coeur du genre prédéfini plus haut. Nez cassé. Tu te bats ? Sourcils à couteaux tirés.
Dans la foule, je te laisse me dépasser de nouveau. L'envie est de me noyer dans ton dos pour encore avoir le choix. Pouvoir re-décider l'attitude à adopter devant ton visage. Si il est beau, je continue tout droit, je l'ignore. Si tu ne l'es pas, je te bouscule, pour t'aborder.
Décidément le courage me manque. Je te poursuis, je te rattrape. Je te double. Je n'ose même pas risquer un coup d'oeil. Je me fais tellement toujours avoir par mes premières impressions. Je les crois toujours beaux, les hommes croisés. Et non, raté. Ils ne le sont pas. Je les pare d'espoir. J'en suis autant déçu. J'aimerais l'être. Tu l'es trop.
De toute manière, je vais t'oublier. La foule est dense, je peux tomber vingt fois amoureuse. D'ailleurs les épaules de ce type, là, à droite, ont une courbe sinueuse qui est fascinante. Ah ! c'est parce qu'il enserre sa femme.
Ce n'est pas grave, je t'ai déjà oublié, cher coup de coeur foulé.
Raté. J'aurais bien essayé.
C'est toi qui me bouscule. Tu t'excuses de ton plus beau sourire. Tu jouerais comme moi, cher inconnu ? Ne suis je pas assez belle pour que tu me bouscules ? Peu importe, tu m'as poussé trop fort, tu vas devoir t'excuser : je suis tombée.
Tu viens à mon aide, tu te confonds en platitudes. Tu écartes les badauds qui pourraient m'écraser. Que de délicatesse. Et ton prénom ? Alexandre brille à ton poignet. Je n'aime les hommes à gourmettes que pour le pouvoir qu'il me donne sur eux. Je t'interpelle. Tu tressailles.
Alexandre, conquière moi. Vas-y, je suis un pays. Viens, chevauche moi, je serais ton Bucéphale. Prends moi le mors aux dents, plein d'écume, plein de rage. Romps l'image trop douce qui t'accompagne et je serais amoureuse.
J'ai envie de l'être.
Fais moi plaisir. Saoule moi. Oui, ce bar est parfait. Tu y a tes habitudes ? J'aime être sur les terres d'un autre, y découvrir des familiarités qui me permettent d'être à l'aise. Je serais ta nouvelle, et ton ex aussitôt. Celle qui est venue entre la blonde et la rousse. Je suis un souvenir. Tu es un séducteur. Peu importe. Je ne te demande que cela. Séduis moi. Sois habile. Sois fin, sois précis. Fais moi l'amour une fois, une seule. A point de me regretter quand tu te réveilleras seul.
»17:40
dimanche, 21 décembre 2003
S-a S-uffit
S., l'hôtel-man, est revenu.
Le genre parfait, celui qui me prépare du thé quand je suis encore dans la salle de bains embuée. Celui que je ne peux m'empêcher d'appeller dès que je sais qu'il est là.
Là ? Moins de 30km. Dans un hôtel. Dans ma ville. Ma ville, orgeuilleuse que je suis. Mon territoire. Mes terres. Mes coins, recoins, plans, planques, et souvenirs en carafe. Quel hôtel ? Rue des Nuits. Nos nuits. Nous ne le connaissons pas.
Il faudrait qu'un jour prenant une carte de ma ville, j'y note la cartographie de mes coups de culs, de mes coups de coeurs, de mes idées embusquées, de mes pleurs retenus, de mes soupirs agaçés, de mes plus grands bonheurs, et des autres, singuliers et minuscules.
S., l'hôtel-man, est revenu.
Un texto pour me prévenir. Deux lignes non abrégées. Certains m'auraient écrit : "Sui a X t la ?". Lui se complait en notre territoire linguinal, nos idiomes construits sur l'arête, la crête de nos relations épisodiques. "Mademoiselle, que ceci consitue une convocation, rue des Nuits. Bon gré. Salutations". Il s'annonce, m'invite à peine. J'aurais préféré celui reçu il y a quelques temps : "Désir ardent. Sineux pour mieux dresser. Une table, rue de l'Amiral Nelson, 45. 21h35. Robe exigée. Surssures."
J'appelle.
- Bonsoir S. [tendue]
- Ravi de t'entendre. Comment vas tu ? [tendre]
- Et toi même ? [ailleurs]
- Une sourde envie de te voir. Un aveugle désir.. [allitérant]
[Je le coupe. Pourquoi m'agace-t-il ? Ses circonvolutions, habitant l'espace de notre conversation, habituellement m'émeuvent.]
- Idem. [froide]
- Mademoiselle boude ? [fonctionnel]
- Mademoiselle s'éléctrocute. Passe me prendre, nous marcherons sur les quais. [constatante]
- Vos ordres sont ... [coquin]
[Je le coupe. Pourquoi m'agace-t-il ? Ses circonvolutions, habituellement, m'émeuvent.]
- Soit simple. [brève]
"
Je raccroche. Je me prépare. Il arrive. Un bouquet à la main. Des marguerites. Comment donc fait il pour être si facilement juste avec autant d'emphase ? Je l'embrasse. Du bout des lèvres.
Nous faisons l'amour tristement, chez moi. C'est la première fois. Je ne peux pas m'enfuir de mes propres murs, alors qu'il s'endort dans mes draps. Et pourtant, si. Je rejoins la rue des Nuits, et dors dans son lit. Au matin, chien et loup se disputant de nouveau, la porte s'entr'ouvre. Par des baisers, il me défroisse. Nous faisons l'amour, endormis, tendres, yeux collés, lèvres humides, tête ailleurs. Têtes sur le seuil de la porte.
»02:08
samedi, 3 janvier 2004
Je suis odieuse. Elle vient de partir. Je crie "Victoire, enfin seule !". Je viens de la serrer au creux de mon cou. Lui dire qu'elle me manquait déjà. Avec beaucoup de gestes. Beaucoup de "Da! da!" bien appuyés, sonores et ronflants. Lui assurant que la maison était la sienne. Mon assiette la sienne. Ma vie la sienne.
Que j'étais à elle. Sa fille.
Un enfer. 10 jours chez moi. Non pas ma mère, mais la belle-mère de ma soeur. F